Payer grâce à son numéro de téléphone !

Si vous considérez le titre de cet article comme totalement futuriste, voire un tantinet délirant, attendez-vous à être surpris. Car le remplacement de l’IBAN par le numéro de telephone mobile arrivera en Europe dès la fin de cette année. Vous avez bien lu, le service doit être utilisable par tous les particuliers dès janvier 2018. D’ici un an, donc, nous pourrons virer de l’argent de compte bancaire à compte bancaire sans notre fameux RIB…

Explications.

Vous pouvez vous frotter les yeux. Ce n’est pas une blague. La très sérieuse BCE (Banque Centrale Européenne) a émis ce qui est plus qu’un souhait ce vendredi 6 janvier 2017. Et c’est Yves Mersch, membre éminent du directoire de la BCE qui l’a annoncé en ces termes : « Aligné sur le calendrier de la mise en place du schéma de paiement instantané, l’Eurosystème [la BCE et les banques centrales nationales, ndlr] attend le lancement d’un service standardisé qui permette le paiement de personne à personne en utilisant le numéro de telephone mobile du bénéficiaire comme équivalent de l’Iban [International Bank Account Number, NDLR]. Ce service devra être lancé d’ici à la fin de 2017 et ne devra pas être cantonné aux Iban nationaux. »

En clair, cela signifie que votre simple numéro de telephone, rattaché à votre compte bancaire, vous permettra d’effectuer des virements bancaires instantanés. Aujourd’hui, le protocole SEPA met un à deux jours ouvrés pour transférer les fonds demandés. Ce système pourra permettre la transmission immédiate. Ceci aura au moins un avantage. Les particuliers recevront immédiatement l’argent qui leur est versé. Les établissements financiers ne pourront donc plus jouer avec les sommes retenues le temps des transferts. Enfin, le but recherché dans ces transmissions est surtout d’alléger de fait les besoins de garanties de ces mêmes établissements financiers. Elles seront donc encore plus libres que maintenant.

Progrès technique grâce au telephone …

Si d’aucuns voient cette nouvelle fonctionnalité d’un très bon œil, du fait de l’accélération des transferts monétaires, d’autres craignent réellement la mise en place du système, et pour d’autres raisons.

D’abord, il faudra créer une sorte d’annuaire géant Européen, dans lequel chaque numéro de telephone sera forcément rattaché à un compte bancaire. Il est évident que le fichage de la population n’en sera que plus facilité. Et quid des protections face aux piratages éventuels ? Comment échapper aux contrôles multiples, provenant aussi bien de son état que d’un état voisin, de sa banque, et de toutes les institutions qui auront accès à cette base de données ? Je sais, certains diront que si l’on n’a rien à cacher… Eternel débat. Mais sans doute ces gens confondent-ils toujours l’intimité avec l’honnêteté.

Autre point de discorde, la mise en place de ce système, paneuropéen et instantané, implique de fait la disparition (ou du moins la raréfaction dans un premier temps) de l’argent liquide. Le thème de la dématérialisation de l’argent va donc revenir en force. N’oublions pas que la Suède expérimente depuis plusieurs années la vie sans argent liquide. Si la chose peut encore une fois paraître plus pratique et plus facile, elle est en réalité bien plus dangereuse. Car vous n’aurez plus le contrôle de votre ragent. En cas de blocage de votre compte, pour X raisons, que ce passera-t-il ? En cas de crise bancaire, comment récupérerez-vous votre argent si le liquide a disparu ?

Au final, si la BCE semble se précipiter à vouloir installer le processus en Europe, c’est parce que le système équivalent Américain va déferler très bientôt en Europe. De façon à conserver une souveraineté monétaire face à un Dollar croulant sous le poids de la dette Américaine, il est donc important, voire primordial, de mettre en place un système concurrent qui garantisse encore pour quelques temps la valeur de notre monnaie partagée. Mais il y a fort à parier que d’ici à quelques décennies, les monnaies nationales disparaissent toutes pour donner naissance à une seule monnaie unique et virtuelle pour toute la planète. Les fameux films de SF dans lesquels tout le monde paye en Crédits ne sont finalement pas si éloignés de nos horizons économiques.

… Ou nouveau recul des libertés individuelles ?

Autre motif de craintes pour certains si un tel processus voit le jour et connaît le succès, la disparition à moyen terme des banques telles que nous les connaissons. Les établissements financiers seront fusionnés avec les opérateurs de téléphonie, qui seront, à n’en pas douter, les futures multinationales dominantes de ce monde. Puisque tout transfert passera par leurs réseaux, et puisqu’ils en seront les maîtres absolus, le pouvoir final leur reviendra donc. Mais ne vous inquiétez pas sur ce point, le processus est déjà en route. D’ailleurs, nous attendons toujours l’ouverture officielle d’Orange Banque, qui a déjà annoncé vouloir révolutionner la banque en ligne. Cette dernière devait ouvrir lors du quatrième trimestre 2016. Il est désormais fort probable qu’Orange attende le lancement de la nouvelle plateforme Européenne pour à son tout lancer son premier service du genre.

Enfin, dernier motif de craintes et pas des moindres, le puçage. En effet, si toute notre vie est déjà plus ou moins présente dans nos smartphones (photos, messages, numéros, textes, échanges, et quelques services bancaires comme Paypal ou N26…), la liaison directe de celui-ci avec notre compte bancaire en fera un outil encore plus convoité. Ainsi, et plutôt que de sévir face aux hackers et autres voleurs de rue de tous poils, les instances nous encourageront (elles le font déjà via les implants party) à nous pucer. Et oui ! Un numéro de téléphone est une puce. Dès lors, vous pouvez imaginer vous implanter la puce sous la peau. Pour vous voler, il faudra vous mutiler. Ce qui est plus compliqué que de vous piquer votre sac à mains ou de vous faire les poches.

En résumé, si je ne nie pas les aspects pratiques de la mise en place d’un tel procédé consistant à accélérer les transferts d’argents entre particuliers via un simple numéro de telephone mobile, j’entends également celles et ceux qui se posent des questions quant à l’utilité réelle de vouloir aller toujours plus vite, quitte à prendre et à faire prendre des risques à toute une population dans le simple but de prendre ou de conserver un pouvoir de plus en plus techno-fascisant. Car plus le numérique avance, et plus les libertés individuelles reculent. Plus les bases de données sont remplies, et plus l’intimité de chaque être humain se vide sur la place publique…

A vous de voir…

L’assurance-vie court vers son décès.

Après le passage de la loi Sapin II, est-il encore intéressant de souscrire des assurances-vie ? En effet, un amendement précis de cette nouvelle loi de finance confère un pouvoir plus grand au HCSF (Haut Conseil de Stabilité Financière), et lui donne toute latitude pour contrôler les flux liés aux contrats d’assurances-vie. En résumé, deux faits importants sont à craindre pour les épargnants, baisse des rendements et blocage de l’épargne. Retour en détails sur cette affaire, ou quand l’austérité profite toujours aux mêmes.

Perte de rendements et blocage des retraits, le nouveau visage de l’assurance-vie.

Revenons donc plus en détail sur le pourquoi de cette nouvelle loi. Depuis de nombreuses années, l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) et la banque de France n’ont eu de cesse de demander aux acteurs financiers de baisser leurs rendements sur les assurances-vie. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’à l’heure de rembourser les épargnants, les caisses seront désespérément vides.

Dans les faits, les fonds investis par les épargnants sont réinvestis dans leur grande majorité par les compagnies dans les bons du trésor. Le problème, c’est que les bons du trésor, jusque là réputés sûrs et sans risques ne rapportent plus rien. Ils sont à leur plus bas historique, descendant même en négatif pour certains d’entre eux. Les compagnies d’assurance réalisent donc des marges négatives sur ces produits. Toutefois, elles poursuivent leur acquisition de nouveaux clients en continuant de proposer des rendements élevés en comptant sur leurs réserves de plus-values réalisées des années précédentes. Et en espérant une hausse nouvelle des rendements des bons du trésor. Sauf que pour cela, il faudrait que les taux directeurs remontent. Ce qui ne semble pas la solution envisagée par la BCE.

Une hausse des taux entrainerait une grave inflation que la plupart des ménages ne pourraient supporter. Alors qu’un maintient des taux très bas, voire négatifs, interdirait toute promesse de croissance. Bref, la finance mondiale est dans une impasse, et, en France, le gouvernement a choisi l’assurance-vie comme otage, afin d’anticiper la prochaine crise. Au final, ce n’est ni plus ni moins qu’un bail-in, c’est-à-dire la possibilité pour un établissement financier de recouvrir ses pertes en se servant de l’épargne de ses clients. Rappelons au passage que cette possibilité légale résulte d’un accord Européen de juin 2015.

Protéger les banques et les assurances malgré leurs propres erreurs.

Mais revenons à nos épargnants. En France, l’assurance-vie représente 1 milliards 500 millions d’Euro. 1 500 000 000 €. Ecrit comme ça, c’est sans doute plus parlant. Et cette somme est répartie sur 15 millions de contrats. En cas de crise ou même de rush, si tous les épargnants réclament leur du, ce à quoi ils ont tout à fait le droit, le fait que les bons du trésor adossés aux assurances-vie soient à leur plus bas historique peut faire encourir une perte de 1 000 milliards d’Euros cumulés aux établissements financiers. Inutile alors de vous faire un dessin sur la suite des événements. La crise des subprimes, à côté, c’était de la rigolade. Le risque systémique est donc bien réellement engagé.

De fait, le gouvernement a pris acte de la chose, et, puisque les établissements financiers ne veulent pas entendre raison en baissant leurs rendements, de façon à abaisser le niveau de risque, Michel Sapin et son équipe ont donc délivré plus de pourvoir au HCSF pour que ce dernier impose de nouvelles règles aux dits établissements financiers, banques et assurances.

Mais comme d’habitude, ce sont encore les épargnants qui vont trinquer. Et plutôt deux fois qu’une. Dans un premier temps, ce sont les rendements qui vont fortement baisser. Et le HCSF s’en félicite d’avance. Mais dans la pratique, le fait est que les épargnants risquent de ne plus toucher grand-chose. En effet, entre les frais divers et variés auxquels les assureurs et les banques savent nous soumettre, le rendement faible sera presque intégralement mangé. Seuls certains établissements, comme les banques en ligne pourront encore se prévaloir d’offrir à leurs clients une véritable marge sur leurs contrats, certes faible, mais existante toutefois. Et ceci pour une seule raison. Ils ne ponctionnent pas de frais sur leurs contrats d’assurances-vie.

Punir les épargnants pour les erreurs commises par leurs assureurs.

Mais une autre conséquence pointe à l’horizon, le HCSF pourra décider de bloquer les retraits et les rachats de contrat d’assurances-vie s’il estime que les variations sur le marché obligataire sont trop importantes. Certes, ce refus de rendre leur argent aux épargnants sera limité à deux fois 3 mois éventuellement renouvelable. Le but de la manœuvre étant d’éviter la panique bancaire. Mais dans les faits, ce sont encore les établissements financiers qui sont protégés et les épargnants qui se font spolier leurs économies… Pour sauver l’Economie…

On aurait apprécié qu’un gouvernement de gauche dont l’ennemi désigné était la finance (du moins dans le fameux discours du Bourget) qu’il punisse avant tout les responsables de cette faute professionnelle lourde, engageant des conséquences graves sur l’économie mondiale. Car les fabricants de ces produits devenus toxiques ne pouvaient pas ne pas être au courant de ce qu’ils faisaient. Mais non. Au contraire, ces derniers pourront toujours continuer d’inventer de nouveaux procédés pour s’enrichir d’argent totalement virtuel au détriment des épargnants perdant leurs économies réelles. Le néo-libéralisme a encore gagné, avec les compliments des marchés financiers et l’approbation complète du gouvernement Français. Pour faire court, une fois encore, nos représentants ont acté la célèbre maxime capitaliste : privatiser les gains, et mutualiser les pertes.

Pour éviter le krach obligataire, il faudrait sans doute maintenir les taux très bas pendant vingt ans, histoire de purger tous les contrats d’assurances-vie en cours. Mais si les taux restent au plus bas historique durant vingt ans, ne comptez pas sur la croissance pour faire bouillir la marmite. Autrement dit, pour votre épargne, ça sent le Sapin…

Le boom des banques éthiques

Dans un monde économique de plus en plus violent, un monde dans lequel les établissements financiers semblent tout diriger, comment faire encore confiance à sa banque ? Et comment, surtout, être sûr d’avoir opté pour un comportement éthique ? Les banques dites éthiques fleurissent. Elles sont de plus en plus visibles. De la Nef au Crédit Coopératif, en passant par Morning, la start-up Toulousaine, sur quels principes reposent les fonctionnements de ces banques éthiques ?

Comment distinguer une banque coopérative ?

N’oublions pas que 3 des plus grandes banque banques françaises sont des banques dites coopératives. Pour autant, elles ont quand même plongé tête baissée dans la finance spéculative et les logiques de rendements capitalistes. Le Crédit Agricole, les Crédits Mutuels et la Caisse d’épargne appartiennent d’ailleurs toutes au club fermé des institutions dites « too big to fail », trop grosse pour chuter. Ces banques au statut coopératif ont troqué leur vocation coopératrice pour toujours plus d’actifs, de pouvoir et de spéculation. Difficile alors de faire la part des choses entre une banque au statut coopératif et une banque réellement coopérative.

Les professionnels du marketing nous feraient passer des vessies pour des lanternes. Et, à l’occasion, le Crédit Agricole pour une banque coopérative éthique respectant ses sociétaires… Mais c’est peut-être vrai dans certaines agences après tout. Dans les faits, la réflexion autour du pouvoir bancaire et de la relation banque/client s’est réellement faite après la « crise » de 2008. Partout en Europe, des gens se sont posé les questions de l’utilité de la banque et du pouvoir réel des sociétaires sur leur banque de dépôt.

C’est ainsi qu’en Belgique, NewB a vu le jour. De même que Ebanka en Croatie en 2014. Le but ? C’est Magdalena Jelić, porte-parole de Ebanka, qui nous le livre le plus simplement du monde : « Créer une banque qui soit entre les mains des Croates et renforcer l’inclusion de la population dans la gouvernance bancaire. » C’est exactement cela, renforcer l’inclusion de la population dans la gouvernance bancaire. En somme, reprendre le principe de la coopération, sans le dévoyer cette fois. Car ces fonctionnements qui ne dévient pas de cet objectif principal ne sont pas nouveaux. En Allemagne, la banque coopérative écolo GLS existe depuis les années 1970. Elle est forte de plus de 200 000 clients et a attribué plus de 600 Millions d’Euros à des projets d’énergie renouvelable par exemple.

Et en France ?

En France, le Crédit Coopératif et la Nef Banque sont connues sur ce marché. Le Crédit Coopératif compte plus de 320 000 clients et distribue toujours des produits d’épargne éthique. Le compte Agir, développé par le Crédit Coopératif est extrêmement intéressant. Le principe d’une banque comme celle-là est qu’elle est financée par les dépôts de ses clients. Les prêts sont donc accordés  par des clients déposant à des clients en demande. Ce qui permet de développer et de soutenir une économie réelle, de proximité, sans spéculation sur les marchés.

Plus récente, la Nef Banque avance. Au départ, il ne s’agissait que d’une coopérative financière. Mais depuis avril 2015, elle est autorisée à ouvrir des livrets d’épargne et des comptes courants à destination des professionnels. Et dans le courant de l’année 2018, elle pourra enfin ouvrir des comptes courants pour les particuliers. Attention au rush à l’ouverture.

Mais ce qui différencie vraiment ces banques là (Crédit Coopératif et Nef Banque), c’est avant tout la destination des fonds. Car après tout, comme nous l’avons exprimé plus haut, la BPCE, le Crédit Agricole et le Crédit Mutuel sont également des banques dites coopératives. Elles sont donc régies selon le principe un sociétaire = une voix. Le statut coopératif ne suffit donc pas pour se présenter comme une banque éthique. C’est la philosophie qu’il y a derrière qui compte. Est-ce que le but est l’enrichissement individuel ou le partage des ressources ? Dans les faits, les banques éthiques soutiennent des projets éthiques, et se donnent une mission ; celle d’être utile à l’économie réelle, à l’environnement, à la société dans laquelle elles évoluent, à la solidarité entre les personnes, à la transparence totale sur leur mode de gestion, leur gouvernance et leur prise de décision. Et c’est ça qui fait la différence.

Une autre façon de penser l’argent.

La Nef (Nouvelle économie fraternelle) et le Crédit Coopératif financent donc des projets durables, culturels, sociaux, solidaires et/ou environnementaux. Le but est le même que celui d’Ebanka en Croatie : favoriser l’implication des citoyens dans la gestion de la manne commune. Placer l’humain au cœur de l’économie et non pas en périphérie. De surcroît, les projets financés le sont sans aucun recours aux marchés. Ces établissements n’empruntent pas pour redistribuer. Elles sont entièrement capitalisées par leurs sociétaires clients.

Par exemple, et contrairement à nos trois chères banque citées plus haut, la Nef et le Crédit Coopératif seront incapables de financer de l’extraction d’énergie fossile ou des armes nucléaires. Au contraire même, en 2014, la Nef a financé des projets en agriculture biologique et biodynamique à hauteur de 1,6 Millions d’Euros. Sur plus de 21 Millions d’Euros de crédit accordés en 2014, plus des deux tiers ont été consacrés à l’écologie. Et la nouveauté, c’est que la Nef rend tous ses prêts publics. Il est donc possible à tout un chacun de connaître les montants et les destinations des fonds débloqués. Crèches, écoles Montessori, brasserie biologiques, librairies indépendantes… Vous pouvez tout consulter.

Mais ces banques vont encore plus loin. En associant la gestion des comptes courant et des placements à l’économie sociale et solidaire. Tout ou partie de vos intérêts de placement peuvent donc être versés au compte d’une association que vous aurez choisie dans la liste de celles soutenues par ces établissements. Et il s’agira toujours d’une association environnementale, solidaire ou sociale. Mieux, le Crédit Coopératif a adapté la fameuse taxe Tobin à sa gestion, en soumettant à ses clients la possibilité de reverser 0,01 % des montants sur les opérations de change à des acteurs de l’économie durable, sociale et solidaire, en France comme à l’étranger. Une véritable innovation bancaire !

Un contact au plus près du terrain.

Autre idée novatrice, les banquiers itinérants. La Nef détache depuis plusieurs années 6 banquiers itinérants sur le territoire français. Leur mission, développer les réseaux, animer des débats autour des financements, prendre contact avec les sociétaires, les engager dans la gestion de leur argent et de leur banque. Malheureusement, le fonctionnement bancaire actuel nous incite à la passivité. Le système d’assistanat développé par les banques elles-mêmes n’est pas étranger à cela. Ne vous occupez de rien, on gère… Et on fait ce qu’on veut. C’est un peu le modus operandi de nos établissements bancaires les plus connus. Là, le chemin est différent, la réflexion aussi.

Et ce n’est pas un hasard si l’on retrouve aujourd’hui plus de 30 associations de sociétaires de la Nef qui œuvrent bénévolement sur le terrain. Leur mission est de soutenir et d’aider les porteurs de projets, d’aller à leur rencontre, et d’informer tout le monde sur les prochaines assemblées et les prochaines directives qui doivent être prises par l’établissement. Ainsi, grâce à cette transparence sur le terrain comme dans les bureaux, le processus démocratique s’en trouve renforcé.

Le hic de l’adossement à la BPCE.

En 2002, le Crédit Coopératif, après de nombreux débats, parfois houleux, a pris la décision de s’adosser au groupe BPCE. Le but de cet adossement est de permettre à la banque éthique de pouvoir se refinancer au même taux que le groupe mentionné, et ainsi de faciliter le refinancement de la banque et de réaliser quelques économies non négligeables. Cet adossement concerne également la Nef, puisqu’elle est devenue partenaire du Crédit Coopératif. Bien que ce soit le Crédit Coopératif qui détienne 1% du capital de la BPCE et non la BPCE qui est propriétaire du Crédit Coopératif, cet adossement peut semer le doute dans l’esprit des citoyens cherchant l’alternative.

Et on le comprend. Natixis, filiale du groupe BPCE, était impliqué en première ligne lors de la crise des subprimes. Pire encore, le groupe a financé pour plus de 11 milliards d’Euros en énergies fossiles entre 2009 et 2014. Difficile de voir son nom adossé a des actions qui n’auraient leur place au Crédit Coopératif. En ce qui concerne la Nef, elle n’attend plus que de devenir une banque de plein droit (ce qui ne saurait tarder). De fait, le partenariat avec le Crédit Coopératif deviendra caduc et la Nef retrouvera son indépendance totale.

Pourquoi y a-t-il très peu de banques éthiques et/ou alternatives ?

Tout simplement du fait des réglementations, Françaises comme Européennes. Les lois favorisent la concentration et les grosses machines de guerre. Les 5 plus grosses banques françaises possèdent 85 % du marché national. Que faire contre la BNP Paribas, la Société Générale et les trois fausses mutualistes nommées plus haut ? Imad Thabet, responsable de la vie coopérative au Crédit coopératif nous explique : « Nous faisons, comme toutes les banques, des prêts à long terme mais des dépôts à court terme. Nous avons eu besoin de nous refinancer. Or, le coût de ce refinancement dépend de la taille de la banque. Le Crédit coopératif s’est alors retrouvé avec un coût de refinancement plus élevé que le taux de crédit accordé à ses clients. » On comprend alors mieux l’adossement au groupe BPCE, qui a permis au Crédit Coopératif de se refinancer à moindre frais, bénéficiant de l’aura de la BPCE sur les marchés.

L’autre difficulté vient des réglementations internationales. Les parts des sociétaires ne sont pas reconnues comme étant des fonds propres, du capital, bien qu’elles soient bien plus stables que de l’actionnariat. Ces réglementations ne sont donc pas favorables à l’émergence de banques alternatives. Pourtant, en France, une start-up Toulousaine se débat pour faire avancer ses idées ; Morning (auparavant nommée Payname), essaie de développer le concept de banque éthique et alternative, travaillant également dans l’économie solidaire et sociale, et en se posant comme une néobanque, la nouvelle génération des banques en ligne.

Et puis, d’autres modèles, d’autres banques éthiques existent en Europe, comme le système Scandinave Jak. Les idées sont là. Il suffit juste que la graine pousse un peu plus, afin de faire que cette belle plante devienne plus visible. Plus les sociétaires seront nombreux, plus les débats seront constructifs et créatifs, et plus les projets solidaires, sociaux, environnementaux, écologiques, durables trouveront des financements éthiques. C’est à nous de prendre notre argent en main et de nous impliquer dans sa gestion au quotidien…

Hausse des tarifs bancaires pour 2017

Nous avions déjà évoqué le sujet à l’amorce de l’année 2016, et voilà que nous remettons le couvert pour l’année 2017. C’est que le monde bancaire ne connaît pas la crise, et les tarifs bancaires vont de nouveau grimper en 2017. Mesdames et messieurs, attendez-vous donc à payer toujours plus les services de plus en plus dématérialisés et de plus en plus restreints de votre très chère banque.

Qu’est ce qui va réellement changer ?

Tout. Tous les tarifs seront revus à la hausse. Si les clients BNP Paribas et Société Générale en ont déjà eu un petit aperçu cette année 2016, ce sont désormais tous les clients de tous les établissements bancaires qui vont se faire rattraper. Pourquoi ? Parce que les groupes bancaires en veulent toujours plus. La justification de ces hausses est presque simpliste. Comme les établissements bancaires ont moins margé cette année sur les prêts immobiliers du fait de taux très bas (historiquement les plus bas), il faut bien qu’elles se renflouent par ailleurs… Donc, comme à l’accoutumée, ce sont les plus petits clients qui paieront le plus lourd tribut.

Pour rester factuel, sachez que les frais de tenue de compte avoisineront les 18 € annuels, que la banque Postale double ces fameux frais, que le coût de la carte bleue augmentera lui aussi, sans parler des retraits effectués dans une autre banque que la vôtre. Vous devrez payer encore plus cher votre infidélité passagère… Ou sinon, retirez peu souvent, beaucoup à la fois (si le plafond de votre carte le permet) et, surtout, dans un guichet de votre banque…

Une véritable prise d’otages.

On pourrait effectivement qualifier cette nouvelle hausse de tarifs de prise d’otages. Pourquoi ?  Tout simplement parce que chaque français est dans l’obligation de posséder un compte bancaire. Et oui. Dans ces conditions, impossible d’échapper à l’impôt bancaire direct. Certes, d’aucuns pourront toujours préciser qu’il ne s’agit que de quelques € supplémentaires tous les ans. Tous les ans, parce que cette hausse se poursuivra en 2018. C’est du moins ce qui est d’ores et déjà annoncé. Mais quelques Euros par an, pour qui boucle difficilement ses fins de mois, c’est déjà beaucoup. L’asphyxie n’est pas loin. D’autant que pour certains, ces quelques Euros de moins à la fin de l’année, c’est autant de possibilité de tomber à découvert. Ce qui signifie encore plus de frais, bien entendu…

Si certaines banques ont plutôt limité ces hausses, au premier trimestre du moins, d’autres s’en sont données à cœur joie. La Société Générale, empêtrée dans les suites de l’affaire Kerviel, se doit de retrouver des fonds qu’elle devrait avoir à rembourser à Bercy. De fait, les cotisations sur les cartes de crédit vont prendre 6%. Mais la première place est occupée par HSBC, qui augmente ses tarifs sur ces mêmes cartes de 18 % !

Les banques en ligne augmentent-elles leurs tarifs ?

Mais rassurez-vous, les banques en ligne conservent leur politique à zéro frais. Monabanq, seule pure player à facturer 2€ de frais mensuels (comprenant 40 services bancaires et la carte bleue, tout de même) n’envisage pas de revoir ses tarifs à la hausse. C’est logo ing directégalement le cas des autres banques en lignes. Ni ING Direct, ni BforBank, ni Fortuneo, ni Boursorama, ni Hello Bank ne prévoient d’augmenter leurs tarifs. Les frais de tenue de compte sont toujours égaux à zéro, et les cartes bleues sont toujours gratuites, à vie, et pas seulement la première année. Si vous hésitiez encore à souscrire une offre dans une banque en ligne, les banques traditionnelles vous aident là considérablement dans votre réflexion. En pratiquant une hausse sauvage de la sorte, elles ne font qu’inciter les usagers à les quitter pour aller voir en ligne comment cela se passe.

D’ailleurs, c’est une réflexion intéressante à mener. Les banques traditionnelles se plaignent de l’essor des banques en ligne. Mais ne serait-ce pas qu’une peine d’apparence ? En effet, toutes les banques en ligne appartiennent aux mêmes groupes bancaires qui flinguent leurs clients en agences physiques. Le but à long terme est de dématérialiser l’argent, de le numériser complètement, et, surtout, de payer le moins de salaires et de charges possible. Pour ce faire, la meilleure solution reste donc d’inciter les clients à rejoindre les réseaux dématérialisés déjà existants. En effet, le principe de fonctionnement des ces établissements en ligne fait que les coûts liés à l’exploitation sont largement moindres. Les banques en ligne ont donc encore de beaux jours devant elles. C’est un modèle qui a le vent en poupe.

Et, concernant les irréductibles clients fidèles aux frais bancaires, nous leur souhaitons bon courage. Et nous rappelons par la même occasion la phrase de Marc Fiorentino, analyste économique, lors de l’annonce de la hausse de ces frais : “Les banques annoncent de nouvelles hausses des frais bancaires pour l’année prochaine, pour compenser l’effet des taux d’intérêt bas. Les frais bancaires c’est un peu comme l’essence, quand les taux montent, ils ne baissent pas, quand les taux baissent, ils montent. Mais surtout ne changez pas de banque.”

Changer pour les banques en ligne.

Le trait d’humour et d’ironie est intéressant, car c’est justement maintenant que vous devez agir, en mettant la pression à votre banque. Et la meilleure pression possible, c’est de menacer de quitter l’établissement pour une structure plus légère, plus pratique, moins coûteuse, plus réactive, et plus disponible. Car, en règle générale, si vous n’êtes pas satisfait des prestations de services que vous payez, vous allez voir ailleurs. Le restaurant ne vous a pas plu, vous dinerez ailleurs la prochaine fois. Le plombier ou le menuisier ne vous a pas satisfait ? Vous en prendrez un autre et ne ferez certainement pas de publicité pour les premiers.

La différence fondamentale, c’est qu’avant d’aller au restaurant, vous connaissez le prix des plats ; avant de choisir un artisan, vous négociez avec lui le tarif de sa prestation et de son travail. Mais avec votre banque, à l’heure de parler tarifs, impossible de négocier ou même de connaître tous les tarifs inscrits sur la brochure. Vous devez juste payer et vous sentir coupable à la première faute de gestion ou au premier accident. Dès lors, la question se pose. Puisque vous êtes prêts à comparer les restaurants et les artisans, pourquoi ne le faites-vous pas avec votre banque ? De nos jours, les banques sont des prestataires de service comme les autres. Si votre prestataire bancaire ne vous plaît pas, n’hésitez plus à aller en voir un autre.

Vers la fin des billets de 500 €… Et plus ?

Très discrètement, mais de manière sûre et certaine, la BCE vient d’annoncer ce 4 mai 2016 que le billet de 500 € avait vécu. Si l’on peut comprendre les motivations affichées qui ont entraîné cette décision, on peut rester surpris par une annonce aussi discrète. D’autant que ce n’est pas la première fois qu’un état décide de la fin de ses grosses coupures. Lire en entier

Vers une nouvelle dérégulation ?

Depuis quelques années et devant la volonté des états de mieux contrôler les flux faramineux qui circulent sur les marchés, il a été décidé d’interdire à tout établissement bancaire de posséder des encours de créances supérieures à un certain ratio, déterminé par les fonds propres de la banque en question. Ce qui signifie qu’en fonction de ses fonds propres, il peut arriver qu’un établissement bancaire ne puisse plus prêter, théoriquement. Parce qu’avant d’en arriver là, il faudrait qu’il y ait une réelle demande des consommateurs, et donc une croissance à 2 chiffres. L’idée d’une “dérégulation” pour les petits établissements fait donc son chemin.
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