Vers la fin des billets de 500 €… Et plus ?

Très discrètement, mais de manière sûre et certaine, la BCE vient d’annoncer ce 4 mai 2016 que le billet de 500 € avait vécu. Si l’on peut comprendre les motivations affichées qui ont entraîné cette décision, on peut rester surpris par une annonce aussi discrète. D’autant que ce n’est pas la première fois qu’un état décide de la fin de ses grosses coupures.

En 1969, aux Etats-Unis, le président Nixon avait jugé que l’ère du billet de 500 $ était révolue. Plus tard, en l’an 2000, c’était au tour du Canada de renoncer à ses fameux billets de 2 000 $. La zone Euro, par l’intermédiaire de la BCE leur a donc emboîté le pas, et pour plusieurs raisons, officielles et officieuses.

Les raisons du retrait

La première des raisons, celle qui est affichée tout en haut de la liste des motivations, c’est que ce billet inspire le doute et l’argent sale. Le président de Tracfin (Traitement du renseignement et d’action contre les circuits financiers clandestins), Jean-Baptiste Carpentier avait même déclaré en 2013 qu’il ne comprenait toujours pas pourquoi l’Europe s’échinait à fabriquer ces billets de 500 €. Pour la plupart des observateurs, il ne sert au final qu’à l’économie parallèle, notamment dans les pays du Sud. Pourtant, en Allemagne, le pays de Number26, il faut avouer que les particuliers aiment particulièrement cette coupure. En même temps, le recours à la carte bleue n’est pas aussi répandu outre Rhin qu’ici, question de culture sans doute.

La deuxième raison qui pousse la BCE à se séparer de ce moyen de paiement est d’ordre strictement comptable. En effet, les experts de la banque centrale et de nombreux économistes sont persuadés que les détenteurs de billets de ce calibre, lors de sa disparition, les changeront pour une autre devise, plutôt qu’en coupure en Euro plus petite. D’après leurs savants calculs, on pourrait ainsi dévaluer l’Euro de 7,4 % par rapport au Dollar, un plus pour les exportations.

Mais on peut légitimement se poser la question des autres raisons qui pourraient pousser les gouvernements et les banques à détruire les billets de 500 €. Dans un pays comme la France, dans lequel il est désormais impossible de retirer plus de 300 € au DAB par jour, l’utilité d’un tel billet est nulle dans le quotidien de M. et Mme tout le monde. D’autant que depuis le 1er septembre 2015, les paiements en espèce sont limités légalement à 1 000 €, soit deux billets de 500 €.

billet de 500 disparition

Pression des pays du sud.

Mais la France n’est pas la seule à avoir demandé l’arrêt du billet de 500 €. En fait, dès l’apparition de l’Euro, la banque de France et la banque d’Italie commençaient déjà à user de leur influence pour la suppression du billet mauve. Et, comme le dit Jean-Marc Sylvestre, analyste économique, « Si l’opinion publique approuve, on fera dire qu’on est derrière la régulation. Si l’opinion grogne, on accusera Bruxelles. Comme toujours ». Le fait que la décision vienne de l’Europe arrange donc nos décideurs politiques. Et pas qu’en France. Outre l’Italie précédemment citée, l’Espagne, la Grèce, le Portugal et Chypre ont également fait pression.

L’Allemagne, pourtant très friande du mode de paiement en liquide (après 2 dictatures, on comprend le besoin de liberté et d’anonymat des Allemands, parce que c’est avant tout ce que permet le paiement en coupures, par rapport aux traçages des paiements numériques) l’Allemagne a fini par céder.

Adieu le liquide ?

Donc, nous dirons au revoir à nos chers billets mauves dans peu de temps, avec l’assentiment des Allemands. Toutefois, si la BCE a cédé à la pression des états du sud de l’Europe, c’est surtout parce que les banques ont poussé derrière. Les grosses coupures ne sont pas pratiques, pour des raisons évidentes de sécurité, d’assurance, de stockage, mais surtout, et alors qu’il est possible de se faire commissionner un service rendu en numérique (virement, placement, gestion de comptes courant, etc), il est impossible de percevoir une commission sur une transaction effectuée en dehors du giron digital de la banque. Le liquide entrave donc la marche en avant des banques, et leurs commissions juteuses. Voilà sans doute pourquoi l’on observe dans le même temps la popularité des trois indicateurs de tendance suivants :

  • La disparition de l’argent liquide ;
  • L’avènement des banques en lignes et autres néobanques, directement pilotables depuis un smartphone (ce qui promet une guerre de grande ampleur entre les opérateurs téléphoniques, les banques et les réseaux sociaux) ;
  • L’intérêt croissant pour les taux d’intérêts négatifs.

Comme vous l’aurez compris, les motivations réelles se cachent parfois derrière des causes justes et défendables, mais il n’en reste pas moins que l’avenir qui nous semble dessiné se fera entièrement en paiement digital. Pas de panique toutefois. Nous n’en sommes pas encore à la disparition totale de la monnaie papier. Et le billet de 500 €, quant à lui, a encore quelques belles années devant lui. En effet, si l’impression de nouveaux billets s’arrêtera assez vite, l’émission des billets en stock ne stoppera qu’en 2018. Et rien n’est encore spécifié quant à la date définitive « d’annulation » de ces billets. C’est-à-dire la date à laquelle il faudra absolument aller les changer sous peine de se retrouver avec un bout de papier sans valeur…