Fintechs et banques traditionnelles : Qui va remporter le combat ?

On en parle de plus en plus. Les Fintechs, ces start-up financières, prennent de plus en plus de poids dans le paysage bancaire occidental. Rien que sur le marché Français, entre les cagnottes, les plateformes de financement participatif, les cartes prépayées, les comptes sans banques et les néobanques, on doit compter plus d’une soixantaine d’acteurs. Certes, tous ne survivront pas. La jungle financière est trop vorace pour laisser une place prépondérante à ces entités qui viennent manger le pain des établissements bancaires. Mais qui peut prédire comment vont se comporter les clients intéressés par de tels projets ?

Au départ, cela ressemble fort à un combat. D’un côté, les vieilles institutions bancaires qui ont su phagocyter l’intégralité du marché, de la relation client de proximité aux salles de marché. De l’autre, des jeunes pousses investissant le marché bancaire de nouvelles idées, à l’aide de technologies nouvelles, accélérant encore le rythme des transactions. Durant ces quelques dernières années, on sentait de la défiance entre les deux modèles. Certains voyaient poindre à l’horizon un changement de paradigme.

L’enthousiasme cède au réalisme.

Mais l’enthousiasme des Fintechs n’a finalement été que très peu suivi par les clients. Ce qui ne facilitait pas la tâche des ces nouveaux acteurs, peinant à trouver l’équilibre dans leurs business models. Si quelques enseignes tirent leur épingle du jeu, les autres disparaissent aussi vite qu’elles étaient apparues. Et cette vérité se fait jour partout dans le monde la finance, de la Chine aux États-Unis, en passant bien évidemment par la France. Le fait est que les institutions bancaires bien connues surfent encore sur leurs images d’entreprises bien implantées dans le paysage. hugues-le-bret-compte-nickel Dans un monde où tout s’accélère, l’enseigne déjà connue agit comme un repère dans le temps et l’espace, rassurant les vieilles peur de tout un chacun de voir ses économies disparaître.

Dans les faits, elles disparaissent pourtant au profit de ces géants que sont la BNP Paribas, la Société Générale, les deux Crédit Mutuel, le Crédit Agricole ou encore le groupe BPCE. Mais dans l’absolu, quitte à se faire avoir par un acteur bancaire, autant que ce soit par un acteur connu, non ? De surcroît, un autre argument plaide en la faveur des monstres bancaires ; la surface financière. En effet, si ces banques ne sont pas en mesure, car sans doute devenues trop inertes, de créer l’avenir bancaire, elles peuvent en tout cas racheter les bonnes idées des start-up. Or, le contraire est pour l’instant impossible.

Et l’actualité récente du milieu ne tarit pas d’exemples significatifs. Début avril, la BNP Paribas rachetait 95 % du capital de la Financières des paiements, propriétaire du fameux Compte Nickel. En juillet 2016, c’est le groupe BPCE qui amorçait son virage numérique en faisant l’acquisition de la banque entre mais, 100 % collaborative Fidor, déjà fière de ses 400 000 adhérents. En 2017, c’est encore la banque Edel, émanation des Centres E. Leclerc, qui rachetait Morning, la néobanque collaborative Toulousaine. Près d’un an et demi avant, c’était encore la Crédit Mutuel Arkéa qui s’emparait de la cagnotte en ligne Leetchi… Et la liste de ce type de rachats est longue.

 

Alors, que s’est-il passé ?

Il s’est passé ce qu’il se passe en général. Les gros regardent les petits s’agiter. Puis ils consultent, analysent, font des prospectives et finissent par faire étalage de leur puissance financière en rachetant les modèles qui leurs semblent rentables à moyen ou long terme, avant qu’un concurrent ne s’en empare. Et ce n’est pas le Boss Français d’HSBC qui dire le contraire. Selon lui, la bataille est déjà gagnée par les banques. Les Fintechs ne font pas le poids. Pire, elles ont troqué leurs volontés de changer le monde bancaire en espèces sonnantes et trébuchantes. Désormais, elles réorientent leurs activités et délaissent le B to C pour le B to B.

Au final, les Fintechs ne sont peut-être vouées qu’à servir les grandes banques, permettant à ces dernières d’externaliser leur R&D ; réduisant ainsi les frais internes. Laissons les créer, et récupérons le fruit de leur travail. Cynique ? Pas tant que ça. C’est simplement le modèle économique que nous, peuples occidentaux avons choisi. D’aucuns diront que c’est un choix par défaut. Peut-être. Mais les urnes nous montrent encore aujourd’hui que nous sommes prêts à poursuivre notre route sur ce chemin.

Pourtant, certaines Fintechs résistent encore. On pourrait citer Carrefour Banque ou Orange Bank, qui ouvrira finalement ses portes le 6 juillet prochain. Mais, bien qu’issues de modèles Fintechs, ces sociétés sont déjà des monstres dans leur secteur d’activité respectif. Et puis, Orange s’appuie sur Groupama Banque pour mener à bien sa campagne. Attendons donc avant de juger. Orange Bank promet de révolutionner le marché bancaire. Mais un acteur révolutionnaire, lorsqu’il est accueilli à bras ouverts par la concurrence, ça pose quand même un peu question.

 

Les Fintechs rentrent dans le rang.

De son côté Carrefour Banque développe un objectif bien précis, contrôler la chaîne de l’argent du début à la fin. Carrefour prête à ses clients, qui dépensent chez lui. Au final, il est gagnant sur tous les tableaux. Et il y a peu de chance que la banque supermarché rachète un jour une banque institutionnelle. Alors, n’y a-t-il aucun espoir de voir le monde bancaire se transformer véritablement ? À première vue, non. Les Fintechs rachetées changent leurs fusils d’épaules et leurs objectifs premiers sont forcément pervertis par la logique de rentabilité de leurs nouveaux propriétaires. Qui peut douter une seconde de la volonté de la BNP Paribas de se servir du modèle Compte Nickel pour fermer des agences bancaires au profit de bornes permettant la gestion directe pour les opérations courantes ?

Qui peut penser que la BPCE va conserver le modèle coopératif, entièrement collaboratif et social de Fidor ? Qui peut croire que Morning ne servira pas avant tout les intérêts de Leclerc avant celle des clients, qu’ils soient particuliers ou entreprises ? Même Soon ou Anytime axent dorénavant leurs recherches de clientèles vers les professionnels, auto-entrepreneurs ou PME. Et N26, le trublion Berlinois, semble prendre le même chemin.

La seule chose qu’il nous reste, à nous, consommateurs de produits bancaires, ce sont les prix des prestations qui ont baissé. Et c’est déjà bien. Ce semblant de guerre entre les vieux et les nouveaux nous aura déjà apporté cela. Mais ce n’est certainement pas ce qui va bouleverser le paysage bancaire. Dans les faits, les taux à 0% sont bien plus destructeurs pour les banques institutionnelles que les banques en lignes ou autres Fintechs. La majorité des bénéfices se fait aujourd’hui sur les marchés. L’argent des consommateurs ne sert plus qu’à alimenter les réserves permettant de spéculer.

Dans l’avenir proche, attendez-vous donc à voir surgir des comptes professionnels moins coûteux, comme nous avons vu arriver les comptes bancaires gratuits pour particuliers. N26 est sur les rangs et proposera encore plus de services aux professionnels dans les mois qui viennent. La néobanque Allemande permet déjà d’ouvrir un compte pro gratuit, sur le même modèle que le compte particulier, ouverture en huit minutes depuis un téléphone portable, carte gratuite, frais de tenue de compte réduits à néant (pour peu qu’il y ait au moins 9 transactions par trimestre avec la carte bleue), et carte intégralement pilotable depuis son smartphone.

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