Carrefour et la poussée des néobanques

Plus le temps passe, et plus la défiance face aux banques se fait forte. Plus les citoyens Français prennent conscience du poids de ces mastodontes. Pas seulement sur le monde financier et, par extension, sur le capitalisme néolibéral qui envahit nos vies, mais également sur l’écriture des lois qui gouvernent aux destinées des quidams que nous sommes. La vie se fait de plus en plus compliquée pour nombre de personnes, travailleurs ou non. Et ce, alors même que l’humanité n’a jamais été aussi riche dans son histoire. Pire, le FMI lui-même vient de publier officiellement le constat suivant ; plus les riches sont riches et plus la croissance baisse.

 

Une désaffection des banques traditionnelles.

La question qui se pose à la lecture de cette affirmation du Fonds Monétaire International n’est pas tant de savoir si la chose est avérée que de connaître jusqu’à quel degré de cynisme, d’incompétence et/ou de négligence vont encore pouvoir grimper ces organismes internationaux sur l’échelle de la gestion de la richesse mondiale. Dans nos vies quotidiennes, nous avons tous constaté cet effet pervers de l’enrichissement personnel outrancier de quelques uns. Et au final, il est tout à fait compréhensible de voir que les établissements bancaires, champions toute catégorie de l’évasion fiscale, pâtissent de cette prise de conscience.

De fait, ce réveil de la conscience populaire, couplée à l’avènement des nouvelles technologies numériques, contribuent grandement au changement de paradigme bancaire. Aujourd’hui, et alors que 99 % des Français disposent d’un compte bancaire au moins, de nouveaux opérateurs investissent le marché. On connaît déjà les banques en ligne et la stratégie choisie jusque là par nos cinq grands groupes bancaires pour s’en accaparer les compétences et les portefeuilles. Boursorama fut rachetée par la Société Générale, Monabanq par le Crédit Mutuel-CIC, et la BNP Paribas et le Crédit Agricole n’ont alors pas tardé à lancer leurs propres offres, Hello Bank et BforBank.

Mais le développement de ces acteurs bancaires numériques n’est pas linéaire. Alors que la Société Générale a bien compris que l’argent numérique avançait dans le sens de l’histoire monétaire, d’autres se sont lancés sur ce marché sans conviction, juste pour proposer une offre, se positionner sur un marché, au cas ou, mais sans jamais lâcher la bride à leurs filiales numériques, préférant de loin les tonnes de frais bancaires de leurs réseaux physiques à la souplesse et la gratuité des banques en ligne. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’André Coisne, ex-patron d’ING Direct en France a quitté ses fonctions chez BforBank, pour rejoindre… Orange Bank.

 

L’avènement de nouveaux acteurs.

Car, depuis peu, les banques en ligne sont devenues presque has-been, dépassées. Certes, elles attirent toujours, mais les consommateurs ont toujours plusieurs années de retard sur la recherche et développement. Aujourd’hui, ce sont les néo banques qui font se braquer les projecteurs. Ces nouvelles entités internet vont encore plus vite, proposent des choses plus simples, accélèrent les transferts et poussent inexorablement nos vieilles banques de dépôt vers leur bilan. Ce monde ancien est désormais révolu. Nos banques de dépôt deviennent obsolètes. Et, à la vitesse où vont les choses, les banques en ligne d’aujourd’hui seront nos vieilles banques à l’horizon 2020. Les nouveaux modèles seront encore pus performants. Reste à monter dans le bon wagon du train de la puissance par l’argent.

Car ces nouveaux acteurs n’appartiennent pas aux groupes bancaires. Certains diront que la chose ne devrait pas tarder. Et ils argueront du rachat du Compte Nickel par la BNP Paribas la semaine passée. On a l’impression que dès qu’un acteur outrepasse ses fonctions de créateur, dès que l’expérience qu’il mène se révèle rentable, il attise les convoitises de groupes bancaires plus grands, plus forts. Nous n’avons aucun doute sur ce que la BNP Paribas fera du Compte Nickel ; une sorte d’agence bancaire allégée, disponible au bureau de tabac. Pour raccourcir et caricaturer, on pourra désormais aller acheter nos clopes à la BNP…

Mais quid de Carrefour Banque, d’Orange Bank, voire de SFR Bank si la chose se fait un jour ? Et quid des acteurs étrangers, comme N26, ou d’autres acteurs Français comme Lydia ? Certes, les deux derniers n’ont dans doute pas les reins assez solides pour pouvoir se développer sans apport important de capital. Quoique N26 développe un modèle radicalement différent. N26 n’est pas une banque classique au sens où on l’entend généralement, mais plutôt un carrefour, une centralisation de technologies émanant de plusieurs start-up différentes. La banque qui voudra racheter N26 devra acquérir l’ensemble des services et donc l’ensemble des sociétés impliquées. Ce qui se révélera sans doute bien trop onéreux.

 

Néobanques, le changement de paradigme bancaire.

Mais pas une banque n’aura les moyens de racheter Carrefour ou Orange, bien trop gros pour un banquier. A la limite, on pourrait même penser que l’inverse puisse se passer. Lors de la prochaine crise bancaire, le mondialisme forcené dan lequel se sont lancées nos industries bancaires leur jouera des tours. Pour survivre, elles seront obligées de lâcher quelques actifs, voire, de se faire renflouer par un capital extérieur. Qui nous dit aujourd’hui que Carrefour ne pourrait pas racheter la BNP Paribas, ou Orange la Société Générale.

Ce jour là, le paradigme bancaire aura totalement changé. Les cordons de la bourse ne seront plus tenus par une institution bancaire, mais par un commerçant. Un commerçant qui détiendra à la fois la manne financière et les objets de consommation, ou un commerçant qui maitrisera tous les réseaux de transferts, de communication et de contrôle. En soi, la chose n’est pas forcément plus rassurante pour nous. Mais c’est le sens de l’histoire. Pour preuve, Ce 18 avril 2017, Carrefour Banque vient de lancer son compte bancaire en ligne, le compte C-Zam. Dans moins d’un mois, c’est Orange qui nous laissera découvrir son offre bancaire. Si Carrefour débute doucement, Orange a prévu d’arriver sur le marché pour être le « Free » de la banque, c’est-à-dire faire exploser le marché. L’offre sera complète et concurrentielle d’une offre de banque de dépôt. C’est un peu comme si on avait annoncé l’invention du moteur à explosion le jour de l’inauguration de la charrette à bras.

La révolution bancaire est en cours. La rupture est déjà consommée et les consommateurs seront plus enclins à laisser leurs économies chez Orange, N26, Lydia ou Carrefour que dans un établissement qu’ils ne connaissent que trop bien et qui les condamne aux frais délirants depuis trop longtemps. Et, à moins que de fortes décisions politiques ne viennent remettre en question la volonté farouche de dématérialiser l’argent ; à moins que ces mêmes décisions politiques ne viennent entraver la progression de la puissance financière, toutes les entreprises du monde se dirigeront vers cette manne monétaire, pour en prendre le contrôle, tout ou partie. Les GAFA avancent à leur tout (Google, Apple, Facebook, Amazon et consorts) et proposent désormais des solutions de paiement en ligne à l’échelle mondiale. ApplePay est d’ailleurs déjà disponible en France… Chez Carrefour Banque…

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