Les chiffres hallucinants du Shadow Banking en 2015

Dix ans après la redoutable crise des subprimes de 2007, le système bancaire mondial tourne encore en roue libre. C’est la conclusion déguisée d’un rapport du Conseil de Stabilité Financière (FSB dans sa version anglaise) publié ce mercredi, qui dresse un portrait totalement ahurissant du shadow banking. Ce phénomène est estimé à 92 000 milliards de dollars fin 2015, soit 150% du PIB mondial. Oui oui, 150%. Afin de bien comprendre ce sujet et les problèmes qu’il soulève, nous avons décidé de nous pencher sur le sujet.

Qu’est-ce que le shadow banking ?

D’après la définition du FSB, l’expression fait référence au « système d’intermédiation du crédit impliquant des entités et des activités se trouvant potentiellement à l’extérieur du système bancaire. » C’est donc une manière de désigner l’ensemble des acteurs qui contribuent au financement de l’économie alors qu’ils ne font pas directement partie du système bancaire international. Ces investisseurs institutionnels, également connus sous le nom de « zinzins », sont apparus sur le devant de la scène à l’occasion de la crise de 2007, et de sa réplique sismique de 2011. Fonds d’investissement, hedge funds, private equity, banques d’affaires, agences de notations, spéculateurs de matières premières, chambres de compensation, sociétés hors-bilan, … ils prennent de nombreuses formes, mais ont tous un lien avec le monde de la finance. L’appartenance de certains types d’organismes à la finance fantôme est d’ailleurs toujours soumise à débat.

Leur spécificité réside dans leur détachement du système bancaire : bien qu’ils exercent des activités de crédit, les investisseurs institutionnels ne sont pas soumis aux mêmes réglementations. Ces dernières sont beaucoup plus permissives, ce qui permet aux activités de shadow banking de prospérer à une vitesse affolante (+4,3% de 2014 à 2015, et plus de 10% de croissance annuelle observé par le passé). De plus, ils font une concurrence aux activités de banques plus traditionnelles telles que HSBC, BforBank, BNP Paribas et autres structures que nous connaissons bien.

La part « obscure » de ce système financier réside dans le fait qu’au niveau macroéconomique, les activités du shadow banking ne figurent pas sur les bilans comptables conventionnels, et passent ainsi sous les radars des organismes de régulation. Un phénomène qui se traduit à l’échelle microéconomique par le recours au « hors-bilan« , ou « off-balance sheet« .

shadow banking schema

Quelle est son étendue ?

92 000 milliards de dollars. 150% du PIB mondial en 2015. C’est l’estimation donnée par le FSB dans son dernier rapport, daté du 10 mai 2017. Depuis sa genèse dans les années 1980, la finance fantôme n’a cessé de se développer à une vitesse incroyable, affichant bien souvent des taux de croissance à deux chiffres. L’année 2007 est la seule qui a marqué une brève rétractation du shadow banking illustration phénomène, à cause de la crise économique mondiale. Mais les années 2000 ont globalement été une période de diversification des acteurs et des pratiques de la finance de l’ombre.

En juin 2008, le secrétaire du Trésor des Etats-Unis, Timothy Geithner, affirme que le shadow banking dépasse le poids financier du système bancaire « traditionnel ». Cette tendance s’est vérifiée depuis 9 ans.

C’est en 2010 au sommet du G20 à Séoul que la finance de l’ombre a commencé à être réellement quantifiée et suivie de manière fiable (sans que l’on puisse parler de régulation pour autant). Le FSB a été mandaté pour réaliser chaque année un suivi du système bancaire parallèle. Selon Mark Carney, le président de la FSB, cet exercice permet de disposer des données indispensables pour juger de la situation, et apporter d’éventuelles mesures de régulation. Cet examen est aussi empirique, et affine ses analyses d’année en année.

Est-il dangereux ?

Non. Le shadow banking n’est pas dangereux à proprement parler, puisque c’est juste une nouvelle façon de financer l’économie réelle. Il agit comme une sorte de clone, relais du système bancaire traditionnel. Cependant, si la finance de l’ombre mime le système bancaire classique, elle en a aussi pris les mauvais côtés.

Les activités spéculatives vont bon train afin de garantir la meilleure rentabilité possible pour les placements que les investisseurs institutionnels effectuent. shadow banking illustration-2 Or, dans le cas de la spéculation, l’enrichissement s’effectue sans aucune création de valeur réelle. Le mécanisme ne résulte qu’en une hausse du prix pour le consommateur final. C’est pourquoi la spéculation sur les matières premières (notamment agricoles) a entraîné une grande précarisation alimentaire de certains pays dans les années 2011-2012. Des Etats tels que l’Egypte, le Maroc, l’Indonésie, les Philippines, Haïti, le Nigeria, la Mauritanie, mais aussi d’autres pays  d’Amérique Latine et d’Afrique, ont connu des émeutes de la faim aux conséquences sociales et politiques très lourdes.

Le second risque est celui de l’intrication entre le système bancaire traditionnel et le shadow banking. Ce dernier pourrait effectivement être une source importante de déstabilisation, comme ça avait été le cas en 2007 avec la faillite de Lehman Brothers, véritable onde de choc pour le système financier international. L’interconnexion entre les petites ou moyennes banques et le secteur bancaire parallèle continue de se développer, tant et si bien que les risques structurels augmentent. En Chine, par exemple, où la shadow banking s’est accru de 31% l’année dernière, les observateurs craignent l’émergence d’un risque systémique sur lequel ils n’ont aucune visibilité, à cause de l’opacité des pratiques de la finance de l’ombre.

 

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