Face à la concurrence des banques “low-cost”, le Crédit Agricole en appelle à l’Etat.

Vent de panique dans les grandes banques françaises. Dans un contexte économique où les marges sont malmenées par la faiblesse des taux d’intérêts, les offres tarifaires “low-cost” des banques en ligne font craindre une impitoyable guerre des prix. L’effondrement des taux de marge pourrait être du même niveau que ce qu’a connu le marché mobile avec l’entrée de Free en 2012.

La concurrence des banques “low-cost”

C’est par la voix de son directeur général, Philippe Brassac, que le Crédit Agricole a dénoncé jeudi 11 mai la concurrence déloyale exercée par les banques en ligne et leurs bas coûts de fonctionnement. Le problème principal, selon lui, est que les banques “low-cost” ne contribuent pas au financement des infrastructures bancaires sur lesquelles elles s’appuient pourtant.concurrence low-cost philippe brassac “Je pense qu’il est temps que les autorités se rendent compte qu’on ne peut pas laisser s’installer durablement des acteurs qui font la promotion de services dont ils ne paient pas les infrastructures”, estime celui qui est également président de la Fédération Bancaire Française (FBF).

Pour les établissements historiques, les banques low-cost s’appuient encore trop sur les services physiques (distributeurs de billets, cartes bancaires gratuites, transports de fonds, terminaux de paiement, …) alors qu’elles n’en assument nullement les coûts. C’est cette disparité qui leur permet de proposer des prix toujours plus bas aux consommateurs, et de conquérir de nouvelles parts de marché.

Problème : entre les principales banques en ligne déjà présentes sur le marché (ING Direct, Hello Bank!, BforBank, Boursorama et bien d’autres), les plus récentes (N26, Compte Nickel, …) et celles qui vont bientôt entrer sur le marché (Orange Bank), les banques historiques commencent à voir rouge. Si certains groupes ont déjà lancé leur filiale 100% en ligne depuis quelques années, il y en a qui ont raté le virage numérique, et sont aujourd’hui un peu à la traîne. C’est le cas des Caisses d’Epargne, des Banques Populaires, de la Banque Postale ou encore … du Crédit Agricole.

Une demande de régulation par les pouvoirs publics

C’est pourquoi, face à l’émergence de cette concurrence, le Crédit Agricole a tiré la sonnette d’alarme. Seulement, M. Brassac pourrait bien se voir opposer une fin de non-recevoir. En effet, le nouveau Président de la République française a fait passer pendant son mandat de ministre de l’économie une loi, connue comme la “loi Macron”, qui facilite la mobilité bancaire en simplifiant les démarches de changement de banque. Toutes les opérations de transfert et migration d’un établissement bancaire à un autre sont désormais à la charge des banques, et non plus du consommateur.

concurrence low-cost compte nickelCette loi bénéficie en premier lieu aux banques en ligne, qui ont atteint récemment le seuil symbolique de 10% de parts de marché en France. La loi Macron, entrée en vigueur le 6 février 2017, montre déjà des effets positifs sur la croissance des parts de marché des banques en ligne. Pas sûr que le désormais Président Macron souhaite légiférer dans un futur proche en suivant les recommandations de Philippe Brassac, car cela risquerait de porter un coup sévère à la santé du marché de la banque en ligne, et aux FinTechs. D’autant plus qu’avec ses petits 10% de parts de marché, la banque en ligne est loin d’avoir franchi le point de bascule qui lui permettrait de malmener l’hégémonie établie par les réseaux physiques.

Vers un compromis ?

La solution la plus équitable serait de s’orienter vers une régulation sur le même modèle que le marché de l’énergie ou des télécoms. En effet, des accords ont été signés il y a quelques décennies pour que les grands énergéticiens mutualisent les coûts d’entretien du réseau, et que les opérateurs télécoms prennent leur part dans le développement des infrastructures françaises. Peut-être qu’un accord similaire est envisageable dans le cadre du secteur bancaire, mais il sera très difficile à implanter. Il faudra conjuguer volonté politique, mobilisation des établissements traditionnels, et acceptation de la part des banques 100% en ligne. Aucun doute qu’elles souhaiteront continuer sur leur modèle économique actuel, qui profite parfois des flous juridiques qui caractérisent tous les secteurs précurseurs de l’économie.

 

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