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Loi Macron ou signe des temps ?

A peine un mois après la mise en place de la loi Macron (le 6 février 2017), les banques en ligne affolent les compteurs. Ainsi, Axa Banque annonce une croissance de clientèle de 57 % sur le dernier mois. Quant à Fortuneo, elle enregistre 20 fois plus de nouveaux arrivants que de départs. Et la très grande majorité des nouveaux venus arrivent tout droit des banques de réseau.

S’il semble encore un peu prématuré d’affirmer que la loi Macron sur la mobilité bancaire est à l’origine de ces nouveaux mouvements, il va de soi que les banquiers en ligne vont malgré tout le remercier. En effet, on connaît les liens qui existent entre M. Macron et le monde bancaire, lui-même étant ancien banquier chez Rothschild. Mais malgré tout, la grande majorité des banques n’était pas encore prête, administrativement parlant, le 6 février dernier. Il paraît donc très difficile d’imputer ces arrivées massives dans les banques en ligne à la seule loi Macron.

L’impact de la loi sur la mobilité bancaire.

Ceci dit, les banques en ligne ne se sont pas faites prier pour communiquer sur cette loi ces derniers mois. Et il faut croire que ces efforts de communication ont été entendus. Toutefois, le travail effectué par les banques en ligne depuis plusieurs années désormais commence à porter ses fruits. Les offres bancaires se sont considérablement améliorées, les gammes de produits sont beaucoup plus complètes, et, surtout, la grille tarifaire reste toujours attractive. En effet, dans un contexte économique très compliqué pour une grande majorité des français, la course à l’économie de bout de chandelle le fait que commencer.

Et force est de constater que les banques en ligne, avec leurs cartes bleues gratuites et leurs frais de tenue de compte réduits à néant séduisent énormément. D’autant que pour la majorité des usagers bancaires, la multiplicité des produits présents dans une banque de réseau ne trouve pas grande utilité. Ainsi, les banques en ligne, avec leurs gammes simplifiées mais malgré tout complètes satisfont largement les besoins quotidiens des français.

Autre argument massue a l’avantage des banques en ligne ; la disponibilité. Si vous cherchez à joindre à votre conseiller bancaire dans une agence de réseau, il existe une forte probabilité pour que ce dernier ne vous rappelle que dans une semaine, ou au bout de trois ou quatre relances de votre part. Dans une banque en ligne, vous pouvez joindre votre conseiller de 8h00 à 22h00, du lundi au vendredi. Et même le samedi, vous pourrez joindre quelqu’un entre 8h00 et 16h00. Si l’on ajoute à ces avantages la simplicité, la mobilité, et l’autonomie dans sa gestion bancaire, on ne peut qu’arriver à la conclusion que les banques en ligne sont tout simplement le futur des banques.

Les banques en ligne séduisent indépendamment de la loi de mobilité.

De fait, Macron ou par Macron, le concept banque en ligne séduit. Par ce qu’il est réactif. Parce qu’il est mobile. Parce qu’il est simple. Parce qu’il est ludique. Parce qu’il n’est pas cher. Et ce ne sont pas les nombreuses banques en ligne en cours de création ou les entreprises FinTech qui diront le contraire. Orange Bank doit ouvrir dans 15 jours. La caisse d’épargne a prévu l’ouverture de sa banque en ligne, version pure player, pour le second semestre 2017. Et ce n’est pas fini, parce que la banque postale elle-même entend bien investir ce marché. L’arrivée hypothétique de la banque en ligne postale est même prévue pour le courant de l’année 2018.

On pourrait même encore aller plus loin. D’autres modèles de banque cherchent à se développer, comme les banques collaboratives. Morning en était un exemple. La banque allemande Fidor en est un autre. Et c’est d’ailleurs cette dernière que le groupe BPCE a racheté, avec ses 400 000 clients, pour intégrer le marché des banques en ligne. Mieux. N26 annonce aujourd’hui avoir franchi le cap des 300 000 clients. En l’espace d’un an et Demi, la FinTech autrichienne est passé de zéro à 300 000 ! Et l’accueil réservé à cette application bancaire, exclusivement disponible sur téléphone portable, annonce des lendemains qui chantent. D’autant que cette FinTech a eu la bonne idée de s’associer à d’autres entreprises du secteur pour bonifier son offre. Ainsi MoneyBeam permet un transfert d’argent instantané. A peine l’argent reçu, vous pouvez déjà l’utiliser. Les transferts sont instantanés ! Plus besoin d’attendre deux ou trois jours pour vous servir de votre pécule. Ce qui, convenez-en, est loin d’être le cas dans une banque de réseau.

Le fait est que les banques en ligne répondent aujourd’hui à une demande spécifique d’un monde toujours en mouvement et demandant toujours plus de simplicité et de rapidité. Le modèle ancien, s’il ne l’est pas déjà, deviendra obsolète dans très peu de temps. Alors, qu’est-ce qu’Emmanuel Macron a à voir là-dedans ? Rien. Parce que dans la réalité, tous les établissements bancaires avaient déjà mis en place un système leur permettant d’accueillir leurs nouveaux clients en leur simplifiant la tâche. Peut-être que les usagers bancaires n’était pas au courant ? C’est possible. Et au final le seul avantage de cette loi sur la mobilité bancaire aura été de faire parler encore un peu plus des banques en ligne.

Le futur appartient aux experts de l’internet, pas aux banques…

En d’autres termes, les spécialistes de la communication ont su se servir d’une nouvelle loi, n’apportant au final rien de réellement neuf, pour augmenter leur visibilité sur les différents médias. Ce n’est ni plus ni moins qu’une belle opération de marketing et de communication. Et dites-vous bien qu’un client perdu dans une banque de réseau est un client gagné dans une banque en ligne. Mais à qui appartiennent les banques en ligne ? Aux banques de réseau. Au final, il ne s’agit que d’un déplacement de clientèle. Mais ce qui va suivre pourrait augurer un changement de paradigme bancaire.

Les établissements bancaires ne sont en effet pas les seuls intéressés par ce nouveau secteur d’activité. Et ce n’est pas un hasard si l’on retrouve sur ce marché, en plus des banques et des entreprises FinTech, des opérateurs téléphoniques. Ces derniers jouissent d’un savoir faire et d’une expertise technologique bien plus importante que les banques au niveau communication, mobilité et internet. Alors qu’une banque essaie d’adapter une banque à l’internet, un opérateur téléphonique va directement intégrer les algorithmes bancaires à son modèle. Et c’est non seulement bien plus simple, mais également bien plus efficace. Si Orange arrive sur le marché, ce n’est pas par caprice ou par lubie, mais bien pour grossir son chiffre d’affaire, et pouvoir par la suite, pourquoi pas, à la prochaine crise bancaire, racheter un ou plusieurs établissements bancaires. Ce n’est sans doute pas par hasard non plus que SFR a déjà acheté le nom de domaine SFRBank.fr. Affaire à suivre donc…

 

La bonne santé financière du Crédit Mutuel Arkéa.

Alors que les discours émanant de la grande direction de la confédération nationale du Crédit Mutuel prédisait un avenir sombre pour une fédération qui serait tenté de poursuivre l’aventure seule et prône toujours un rapprochement synonyme de centralisation nationale des caisses de Crédit Mutuel, le Crédit Mutuel Arkéa prouve, grâce aux résultats de son exercice 2016, qu’il peut être tout à fait compétitif, même en conservant sa position autonomiste.

Des résultats en forte hausse.

Car en effet, les résultats du Crédit Mutuel Breton sont tout simplement historiques. Et ces chiffres valident le modèle économique choisi par Arkéa. Jean-Pierre Denis, président du CM Arkéa appuie dans un entretien donné au Télégramme : “Dans un environnement économique peu porteur et en proie à de profondes transformations, 2016 est l’année la plus accomplie de toute l’histoire du CM Arkéa.”

Le Crédit Mutuel Arkéa n’est pas simplement le propriétaire des caisses Bretonnes. Il regroupe avec elles les caisses du Sud-ouest, du Massif Central, mais également une vingtaine de filiales spécialisées dans leurs domaines. Et l’on compte parmi elles Fortuneo et Keytrade, deux banques en ligne au tempérament marqué, et qui ne cessent de progresser, proposant toujours des produits innovants. Le rapprochement entre les deux entités en Belgique (car Keytrade est la banque en ligne N°1 en Belgique) fait de Fortuneo une banque approchant les 700 000 clients en Europe et se rapprochant de Boursorama Banque et d’ING Direct, les deux leaders Français en nombre de clients.

Suravenir, Financo, Fortuneo, Keytrade

Pour en revenir aux chiffres, la CM Arkéa s’enorgueillit d’un chiffre d’affaire à 1,85 Milliard d’Euros sur l’année 2016, en progression de plus de 4 % par rapport à l’année précédente. Mais le chiffre le plus important est sans conteste le résulta net du groupe, qui progresse de 13,5 % pour dépasser allègrement les 300 Millions d’Euros, somme encore jamais atteinte auparavant. La santé financière de l’entreprise non cotée en bourse est donc excellente, Jean-Pierre Denis précisant par ailleurs que le groupe possédait 19 Milliards d’Euros de liquidités excédentaires en fin d’année.

Bien sûr, l’apport de Keytrade est un plus ; 230 000 clients, 5 milliards d’Euros d’actifs et une épargne conséquente dans la banque en ligne Belge font forcément grimper la courbe. Il ne faudra sans doute pas s’attendre à la même progression l’an prochain, mais les hauteurs atteintes sont déjà réellement impressionnantes et, compte tenu de la fiabilité du modèle économique et de l’impact moindre que subira le groupe en cas de crise boursière, on peut facilement penser qu’Arkéa saura consolider son bilan en 2017.

Une bataille pour la survie du groupe.

De fait, dans les relations tendues qui perdurent entre la fédération de Strasbourg et celle de Bretagne, les chiffres d’Arkéa renforcent les convictions de Jean-Pierre Denis, toujours dans le télégramme du 6 mars 2017 : “On aura du mal à voir le signe de l’essoufflement du CM Arkéa. La perspective d’une séparation n’a pas affecté nos résultats. On croit à notre modèle et non aux vertus de la banque centralisée qui est la banque du passé et ce ne sont pas les discours de la Confédération qui nous conduiront à changer d’opinion.”Keytrade_Bank_Logo

Le conflit n’est donc pas prêt de désarmer, et les Bretons d’Arkéa sont tout à fait prêt à la séparation pure et simple. Il faut dire que les conflits d’intérêts existant au sein de la confédération nationale lui donnent raison. Il est demandé à Arkéa de se montrer solidaire avec le CM11-CIC. Mais comment être solidaire d’un concurrent ? En effet, le Crédit Mutuel de Strasbourg n’ayant pas de possibilités de se développer sur les territoires conquis par les bretons, il avait racheté le CIC, bien implanté en Bretagne. Il joue donc sur les deux tableaux ; partenaire/concurrent, tout en essayant de s’approprier les avoirs d’Arkéa.

On comprend dès lors beaucoup mieux la position tenue par le Crédit Mutuel Arkéa, encore dans le Télégramme : “La vraie question est de savoir qui a le pouvoir de décider de l’avenir du CM Arkéa. On a tendance à penser que le président (NDLR : Nicolas Théry) n’est pas le mieux placé pour savoir où est notre intérêt. Son opinion nous est indifférente. Dans notre entreprise, ce sont nos actionnaires qui décident. Nos caisses locales sont souveraines. On les a consultées. Le cap a été fixé. Il sera maintenu et on n’acceptera aucune remise en cause.”

Il ne reste donc plus au groupe Breton qu’à attendre la décision du conseil d’état quant à la question sur la fameuse solidarité financière. Ais tant que les questions sur les conflits d’intérêts n’a pas été réglée, Jean-Pierre Denis et les siens ne changeront pas leur cap d’un iota. Une situation explosive qui pourrait entraîner la sécession du groupe Breton. L’affaire reste à suivre donc, mais pour l’instant, les chiffres donnent raison au modèle économique prôné par l’Ouest. Qui disait, à l’Ouest, rien de nouveau ?

Et quid d’Axa Banque ?

Les banques en ligne se développent. C’est un fait sur lequel on ne peut revenir. Certes, certaines connaissent un développement économique plus important que d’autres. Tout dépend du business model choisi, et du ciblage de clientèle. Mais rappelez-vous. Rappelez-vous quand votre banquier ne faisait que de la banque et votre assureur que de l’assurance. Cette période est désormais révolue. Depuis plusieurs années, la dérégulation a permis aux banquiers de vendre également des contrats d’assurance, et aux assureurs de devenir banquiers.

De façon à continuer de distinguer les deux, on alors parlé de bancassurance et d’assurbanque. Les premiers étant les banquiers vendant des assurances, les seconds étant les assureurs tentant une mue vers la banque. Si le premier modèle fonctionne très bien, le second semble s’essouffler. A vrai dire il semble ne jamais avoir trouvé son rythme de croisière. En effet, les parts de marché des banquiers ne cessent d’augmenter dans les assurances, alors que les parts de marché des assureurs dans le secteur bancaire restent extrêmement faibles, et n’assurent pas à leurs propriétaires une marge suffisamment confortable pour pouvoir poursuivre l’expérience encore très longtemps.

Le problème existentiel d’Axa Banque.

avis axaLe problème, c’est que les assureurs ont créé leurs banques sur le même modèle que les banques de réseaux. C’est à dire une multitude d’agences physiques avec une forte présence humaine. Le but, se servir du réseau de distribution des assurances pour inciter la clientèle à faire confiance à l’assureur aussi en tant que banquier. Mais ce qui semble évident dans un sens (de la banque vers l’assurance) semble beaucoup plus compliqué dans l’autre. Effectivement, autant nous avons l’habitude d’entendre notre banquier nous parler d’assurance, et ce depuis fort longtemps déjà. Autant lorsque notre assureur nous évoque sa banque, il nous paraît moins crédible. Pourquoi ?

Les économistes et autres pros du marketing s’entêtent à ne trouver aux résultats négatifs des assurbanquiers que des raisons d’ordre économique ou financier. C’est sans doute mésestimer l’impact psychologique du banquier sur le quidam. En effet, même bien avant que les banques ne se lancent sur le marché des assurances, ceux-ci n’hésitaient pas à évoquer avec nous les placements éventuels par le biais d’assurance-vie, où l’assurance habitation qui se mariait, comme par hasard, très bien avec le prêt immobilier que nous étions en train de contracter. De l’autre côté, je veux dire du côté des assureurs, ce discours n’a jamais existé. Avant que les assureurs n’aient la possibilité de devenir banquier, jamais ils n’ont joué le rôle de banquier. Psychologiquement donc, notre cerveau était déjà conditionné à accepter le fait que notre banquier devienne notre assureur. Alors que l’inverse n’a jamais été envisagé.

De fait, on comprend, si l’on prend cet élément en considération, que les assureurs aient du mal à imposer leur concept bancaire. La Macif possède une banque, Groupama possède une banque, Axa possède une banque… La première est très discrète. En avez-vous déjà entendu parler ? La seconde a décidé d’arrêter en revendant 65 % de Groupama Banque à l’opérateur téléphonique Orange. Ce dernier investira donc le marché des banques en ligne dès le mois de mars 2017 grâce à la licence Groupama Banque. Quant à Axa, sa banque subit des résultats annuels plutôt erratiques. Alors qu’en faire ?

La bataille en ligne.

Axa Banque est aussi présente sur Internet et pourrait tout à fait venir concurrencer les banques en ligne. Mais le fait est que la clientèle a toujours du mal à s’identifier à un assureur à l’heure d’ouvrir un compte en banque, même en ligne. Pourtant, Axa est bien le plus gros assureur du monde. Et le groupe ne souffre d’aucun problème de communication. Le problème semble donc être plus profond. Dès lors la question se pose ; Axa Banque doit-elle s’arrêter, doit-elle poursuivre ses efforts de façon à pouvoir concurrencer les banques en ligne, ou, à l’instar de Groupama Banque, doit-elle céder ses parts un opérateur tiers ?

Pour l’instant, la maison mère dément absolument toute idée d’abandon de la banque. Mieux, Axa compte jouer sur la mobilité bancaire pour tenter de convaincre encore plus de clients à la rejoindre. Sans doute faudrait-il à Axa la même puissance de communication que celle dont peut jouir chacun des cinq grands groupes bancaires français. Axa indique même avoir fortement investi sur son offre, sur sa tarification, sur les nouvelles fonctions innovantes de sa banque et sur sa communication depuis le début de l’année. On veut bien croire qu’il peut y avoir une place pour un assureur dans le monde bancaire. Mais cela passera automatiquement par la banque en ligne. Créer un nouveau réseau d’agences bancaires physiques, alors même que les grands groupes français démantèlent petit à petit leurs réseaux et accélèrent leur présence en ligne semble être un mouvement à contre-courant et même à contretemps.

De surcroît, les prochains mois verront l’implantation sur le marché des banques en ligne d’un nouveau mastodonte en la matière. En effet, Orange Bank a promis d’intégrer le marché avec une gamme extrêmement complète, y compris dans le secteur des assurances. Ceci n’est pas étonnant du fait de la proximité avec Groupama Banque. Et quelques mois plus tard, c’est la BPCE, le dernier des grands groupes français à ne pas avoir encore marqué sa présence en ligne, qui lancera sa propre banque en ligne. Et là aussi, la gamme sera totalement complète dès l’ouverture. Pour finir, 2018 verra le lancement de la banque en ligne de la Banque Postale. Tous les grands acteurs du marché seront présents et prêts à se livrer la bataille finale. Si Axa veut s’y mêler, c’est maintenant qu’il faut y aller…

Fidor, le prochain acteur de la banque en ligne !

En France, il existe 5 groupes bancaires. Ni plus, ni moins. Où que vous regardiez, où que vous souscriviez, vous retomberez inexorablement sur l’un des groupes suivants : BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, Crédit Mutuel et BPCE (pour Banques populaires et Caisses d’épargne). Mais assez étrangement, alors que 4 d’entre eux possèdent leur filiale en ligne (et même deux pour le Crédit Mutule qui se livre une guerre interne sans merci), la BPCE est totalement absente du marché. Ce qui relève presque de la faute professionnelle…

Fidor dans le giron de la BPCE.

En effet, comment un groupe qui se vante d’être le second banquier français en nombre de clients (31 millions en 2016) peut-il être absent de la révolution technologique en cours ? Certes, la BPCE a malgré tout adapté ses services en lignes, avec monbanquierenligne.fr. Mais il s’agit là d’un banquier en ligne de troisième génération, bien éloigné de la mobilité et des prestations peu coûteuses des pures players évoqués plus haut. Et bien il faut croire que ceci appartienne dorénavant au passé. La BPCE franchit le rubicond et fera son entrée sur le marché Français de la banque en ligne dès le deuxième trimestre 2017.

Comment ? La BPCE a racheté la néobanque allemande Fidor, qui a déjà fidélisé 400 000 clients répartis entre l’Allemagne et l’Angleterre. Ce nouvel acteur, disposant d’une licence bancaire, sera donc un acteur international dès son entré sur le marché. Et la BPCE compte beaucoup sur ce nouvel outil pour refaire une partie de son retard. Avec l’arrivée très prochaine d’Orange Bank et la montée des FinTech, la concentration n’est pas encore pour aujourd’hui sur le marché des banques en ligne.

De fait, il semblait primordial qu’un groupe de la taille de la BPCE (comprenant également Natixis), se place sur un marché en plein essor. Et le géant Français ne veut pas le faire n’importe comment. Dans les faits, les dirigeants de la banque souhaitent conserver leur réseau de proximité, tout en lançant leur pure player. Malgré tout, le contexte n’aidant pas, et les taux étant très bas, les marges sont réduites. Il va de soi que cette évolution technologique, dans laquelle les robots et les algorithmes remplacent l’humain, pousse franchement à la compression de personnel. A la BPCE, on en est conscient.

Une véritable restructuration d’entreprise…

Avec un maillage de près de 12 700 agences sur le territoire, la représentation de la banque est dense. Mais, malgré l’intention de fermeture de 400 agences, il n’est pas question pour autant de casser la relation de proximité avec le client sociétaire. L’idée est bien de conserver ce maillage, surtout en zones rurales, mais sans doute de regrouper certaines agences à l’effectif réduit, et de créer des pôles de compétences spécialisées. Ainsi, certaines agences ne seront plus peuplées que d’experts, formés à des produits spécifiques.

Il est vrai que l’offre manque au sein des banques de dépôt. Aujourd’hui, un conseiller en clientèle est un vrai généraliste. Il doit gérer des comptes, connaître les crédits, personnels comme immobiliers, vendre des prévoyances et des assurances, conseiller en téléphonie, en alarmes, etc.… Au final, son expertise n’est plus reconnue et les clients se tournent vers des experts qu’ils trouveront en ligne. L’essor des courtiers en financements immobiliers n’est pas un fait anodin. Outre la mise en concurrence du marché, le courtier apporte de vraies réponses, précises, complexes et bien vulgarisées, chose qu’un conseiller en agence ne sait plus faire tant il est submergé par les tâches annexes.

… Et d’image. Surtout d’image.

Le plan de la BPCE est donc de faciliter les départs volontaires et de ne pas remplacer certains départs en retraite jusqu’à l’horizon 2020, afin de réduire l’impact de la masse salariale sur les marges réduites. Mais dans le même temps, elle formera ses agents à certaines spécialités et communiquera sur sa nouvelle banque en ligne. A l’heure actuelle, le nom de celle-ci n’est pas encore annoncé. On ne sait donc pas si elle conservera son nom actuel ; Fidor, ou si celui-ci sera modifié, ou changé.

Fidor sera de surcroît un outil bien utile pour améliorer l’expérience client ainsi que sa satisfaction. Point sur lequel les banques de réseau ont toutes besoin de travailler. Pour information, la mesure de cette satisfaction se fait selon un indice appelé NPS, pour Net Promoter Score. Le principe est basé sur un calcul prenant en compte les détracteurs d’une banque rapportés aux promoteurs de la même banque. Inutile de préciser que les banques françaises arborent toutes un ratio négatif, voire très légèrement positif. A l’inverse, les banques en ligne explosent le plafond. ING Direct est à 52, Boursorama Banque à 48… Et Fidor à 40…

L’enjeu de la mise en ligne d’un acteur bancaire supplémentaire est donc multiple ; assurer une présence réelle en ligne, capter une clientèle en cours de passage du réseau d’agence au réseau virtuel (autrement dit, ne pas rater le train), procéder à une modernisation de la relation client, épurer une partie du réseau d’agences, notamment en périphérie urbaine, se refaire une image… Bref, pour la BPCE, Fidor, c’est le bonhor…

Vers une banque postale mobile ?

Alors que les banques commerciales françaises se sont depuis longtemps intéressées aux banques en ligne, voici que l’annonce est faite de la décision de la banque postale d’intégrer également ce nouveau marché. On pourrait penser que la Banque Postale a encore un train de retard, mais il n’en est rien. A terme, dites-vous bien que toutes les banques y viendront, de gré ou de force.

C’est une indiscrétion que l’on doit aux échos. La banque postale semble décidée à développer sa banque en ligne, de façon à coller au plus près à l’expérience mobile et internet des moins de 35 ans. Mieux, la banque postale a pour objectif de regrouper plus d’1 million de clients à l’horizon 2025, pour une ouverture en 2018. Dans un premier temps, le nouvel opérateur se contentera de services bancaires simples, comme la gestion de compte, un peu à l’instar de ce que fait aujourd’hui N26. Plus néobanque que pure player, la nouvelle entité en ligne de la banque postale marche donc sur les pas d’Orange Bank, que l’on devrait découvrir sous peu maintenant.

Un nouvel opérateur sur le marché des banques en ligne.

À une différence près cependant. Orange Bank ouvrira avec une gamme complète de services, alors qu’il faudra sans doute attendre quelques mois, voire quelques années, avant de voir une assurance-vie ou un crédit immobilier commercialisé en ligne par l’avatar numérique de la banque postale. Nouvel eldorado, la banque en ligne cumule plusieurs avantages, tant au niveau de l’expérience utilisateur qu’au niveau des finances de l’opérateur. Un coût bine plus léger pour les clients, mais également pour les actionnaires de la banque.

En effet, de nombreux indices montrent que la démonétisation suit son cours. La Suède expérimente depuis plusieurs années la monnaie exclusivement numérique. Et, dernièrement, c’est l’Inde qui a supprimé ses billets les plus « chers » pour passer au paiement numérique. La violence avec laquelle la décision fut appliquée en Inde a d’ailleurs provoqué un vent de panique auprès des consommateurs. Et l’affaire n’est sans doute pas terminée. Mais, quel que soit ce que l’on en pense, c’est le sens de l’histoire capitaliste qui se détermine dans ces actions. Plus de monnaie papier signifie des échanges plus rapides, plus simples, mais également plus contrôlés.

En s’affichant au plus tôt sur le marché 100 % numérique, les acteurs du marché prennent donc un temps d’avance. Et nous pouvons être certains que la lutte entre ces différentes entités sera farouche dans les années à venir, tant les banques en ligne, pour diverses raisons, prendront le pas sur les réseaux classiques. Car un banquier numérique, c’est-à-dire un banquier dont la majorité des opérations sont gérées par un robot (ou un algorithme), peut arguer d’un prix de revient au service bien moindre qu’une banque de réseau multipliant les agences. Moins de personnel = un coût moindre pour attire les clients, et des marges plus imposantes à terme.

Vers un tournant tout numérique.

Attendez-vous donc à voir disparaître votre agence au coin de la rue à la première occasion venue. Comme lors de la prochaine crise financière par exemple. D’ailleurs, les acteurs du marché anticipent la chose et proposent déjà des agences sans salariés. C’est le cas aux Etats-Unis de la Bank of America, qui vient d’ouvrir le mois dernier 3 agences sans conseillers. Les clients peuvent malgré tout avoir quelqu’un en ligne, grâce à la téléconférence. S’ils ne peuvent le faire de chez eux, leur nouvelle agence le leur permettra. Pire, si aujourd’hui plus de 8 % des français disposent d’un compte dans une banque en ligne, ce nombre ne fera que croître, et, pour gérer le flux nouveau de clientèle, les acteurs du marché feront appel aux IA (intelligences artificielles).

Si cela vous fait un peu peur, vous n’êtes pas les seuls. Le syndicat national de la banque panique également à l’idée de voir un nombre conséquent de postes disparaître. En effet, l’IA Watson d’IBM développé au Crédit Mutuel, et sensé devenir un complément du conseiller humain, connaît un succès grandissant. Tant et si bien que l’homme voit inexorablement son avenir au travail s’assombrir. La Société Générale et le LCL annoncent des centaines de suppressions de poste. BNP Paribas investit à hauteur de près de 3 milliards d’euros vers le tout numérique. La révolution digitale a fait son œuvre. Place dorénavant à la rupture digitale. Et les choses iront très vite, exponentiellement de plus en vite.

A la lumière de ses informations, on comprend mieux pourquoi tous les opérateurs de la banque ou de l’internet se lancent dans la banque en ligne ou dans la banque mobile. Tout simplement parce que l’avenir est là. C’est inexorable et indiscutable. L’argent papier disparaîtra et de simples robots pourront gérer nos comptes. Empathie inexistante, simplification à l’extrême et contrôle strict des transferts d’argent à tous les étages. Bienvenus dans un monde meilleur…

Number26 officialise son lancement en France.

On l’attendait depuis la fin de l’année 2016, date de sa première apparition sous son premier nom ; Number26. C’est désormais officiel, la néobanque Germano-autrichienne lance son offre en France. Déjà présente dans 17 pays Européens, Number26 rejoint donc l’hexagone et espère bien se faire très rapidement une place aux côtés des autres grands acteurs du secteur tels que Hello Bank!, BforBank ou ING Direct. Selon les dires de ses dirigeants, l’objectif est de 2 000 nouveaux clients par semaine, afin d’atteindre très vite les 100 000 clients.

Quelle est l’offre Number26 ?

avis number26 start upNumber26 est une néobanque, ou une banque en ligne 3.0, si vous préférez. Le principe ressemble fort à celui proposé par les banques en ligne que nous connaissons. Mais avec moins de service à la clé (pour l’instant), mais une mobilité incroyable. Malgré tout, ses services en ligne attisent la curiosité sur le marché Français. D’abord, parce que le compte bancaire s’ouvre en quelques minutes à peine depuis un ordinateur ou un téléphone mobile. Téléchargez l’appli, renseignez les champs (coordonnées, nom, prénom) et prenez rendez-vous par téléphone muni de votre passeport ou de votre carte nationale d’identité. Votre interlocuteur s’exprime en anglais, et prend une photo de vous et une autre de votre justificatif d’identité. Votre compte est ouvert. Votre carte bleue Mastercard est gratuite et vous parvient dans la semaine. C’est aussi simple que cela.

Autre point intéressant, la souplesse d’utilisation de la carte. Vous la gérez vous-même depuis l’application Number26. Vous pouvez donc augmenter vos plafonds, ou les descendre, gérer vous-même le code de votre carte, en changer aussi souvent que vous le souhaitez, et même désactiver votre carte au besoin. La FinTech Number26 travaille également en partenariat avec TransferWise pour les paiements instantanés en devises et avec MoneyBeam qui permet le transfert d’argent par SMS ou e-mail. La mobilité avant tout. Et une gestion de votre compte bancaire aussi simple que sur un cahier d’écolier.

La prochaine étape du néo banquier allemand (il a enfin reçu son agrément), ce sont les services d’investissement, les produits d’épargne et de crédit. Mais toujours dans la même philosophie. C’est-à-dire, simple, clair et transparent. Et, concernant les tarifs bancaires, et après quelques atermoiements, il s’avère que la carte bleue est bien gratuite, mais que tout retrait en espèce à compter du sixième dans le mois sera facturé à 2 €. Autrement dit, augmentez votre plafond de retrait sur votre carte via l’appli, et retirez ce dont vous avez besoin pour le mois en moins de 6 fois…

C’est le moment pour changer de banque.

Ce lancement officiel intervient de surcroît à un moment intéressant. En premier lieu du fait de la nouvelle augmentation des tarifs bancaires effective depuis le 1er janvier 2017. Les banques de réseau, nos banques habituelles, classiques, n’en finissent plus de dépouiller leurs clients de leurs actifs pour mieux les dépenser sur les marchés. A ce propos d’ailleurs, n’oubliez jamais le principe de fonctionnement d’un établissement bancaire : mutualiser les pertes, privatiser les bénéfices. Et cela se voit de plus en plus.

Le mode de fonctionnement de nos banques toutes championnes du monde (on rappelle que les 5 grands établissements bancaires français font tous partie du gratin mondial…) participent activement de la paupérisation de leurs clients. Un jeu de dupes toujours managé de la même façon, jouant en permanence sur les cordons de la peur de la sanction et la culpabilité d’un côté, et la frustration de l’autre (qui pousse au crédit) et qui pourrait être trivialement résumé ainsi : « Je suis votre banquier. C’est donc moi qui décide comment vous devez gérer votre argent. Et si je fais une erreur, il n’y a aucune raison pour que vous n’ayez pas à l’assumer à ma place. »

Mais revenons à ce qui nous intéresse ici. Dans le package des lois Macron entrant en vigueur au 6 février prochain, il est une loi qui facilite grandement le changement d’établissement bancaire. Si l’on y réfléchit un peu, si les banques françaises se comportent de la sorte, c’est simplement parce que nous les laissons faire. Nous ne les mettons pas sassez en concurrence, comme nous le faisons pourtant sans scrupule pour un artisan ou pour n’importe quel matériel que l’on achète. Et un chiffre confirme ce ressenti. Le taux de mobilité bancaire en France est de 4,5 %. Là où la moyenne chez nos voisins Européens est de 9 %. Autrement dit, nous bougeons deux fois moins que nos voisins. En somme, on s’encroûte et on se laisse faire. Alors forcément, difficile de se plaindre après…

La loi Macron pour la mobilité bancaire entre en action le 6 février 2017.

Toutefois, à compter du 6 février donc, la mobilité deviendra encore plus simple. Il suffira de signer un document au nouvel établissement bancaire pour qu’il se charge directement du transfert de tous les comptes, remette en place les virements et prélèvements et gère toute la paperasse administrative. Si les banques en ligne continuent leur réclame et s de nouveaux acteurs investissent le marché Français, ce n’est donc pas totalement un hasard. La loi Macron, c’est l’effet d’aubaine, très certainement. L’accélérateur de particule qui risque de faire fortement grimper la mobilité bancaire dans les mois qui viennent.

Mais la vraie raison de cette volonté de changement tient avant tout aux banques françaises. Et c’est Valentin Stalf, cofondateur de Number26 qui avis number26le résume parfaitement : « Les banques françaises n’ont pas beaucoup bougé ces dernières années, elles ont été paresseuses en matière d’innovation. » A surfer sur le statu quo en permanence, à ressasser sans cesse qu’il est urgent de ne rien faire, puisque tout fonctionne parfaitement, et que la machine est bien huilée, alors on finit par perdre du terrain sur l’innovation. Nous vivons dans un monde dans lequel il est très simple de devenir ringard. Il suffit justement de ne rien faire et de laisser faire les autres.

L’arrogance de nos établissements ne les laisse pas à l’abri d’une redistribution des cartes future. Boursorama vient de dépasser le million de clients. ING Direct a franchi le cap depuis longtemps. Mais les autres pures players plafonnent. Sans doute parce que leur maisons mères respectives craignent un peu trop le succès de ces nouveaux acteurs du marché bancaire, et qu’elles préfèrent conserver au maximum leur clientèle bien généreuse et pas très combative. Malheureusement pour elles, et heureusement pour nous, ces nouveaux acteurs profitent de la faille laissée béante par les mastodontes pour étrenner leurs nouveaux concepts.

Attendez-vous à une révolution dans le milieu bancaire avant la fin de l’année 2017. Entre l’ouverture discrète de Number26, l’arrivée très prochaine d’une Orange Bank aux services complets et promettant d’exploser la grille tarifaire conventionnelle, et la continuité de service des pures players, plus installés que jamais… Il pourrait y avoir du grabuge.

Orange Bank arrive enfin !

Nous vous l’avions annoncé sur ce blog, l’opérateur téléphonique Orange va lancer sa propre banque, Orange Bank. Expert du réseau de communication et de l’internet, il manquait à Orange l’expertise bancaire, et accessoirement, la licence permettant de devenir banquier. Ce premier point fut résolu très vite lorsque l’opérateur téléphonique a racheté 65 %  des parts de Groupama Bank, alors distribuée par les 1 000 agences GAN sur le territoire. Reste maintenant à finaliser.

Au départ annoncée dès septembre 2016, puis reculée en février 2017, Orange retarde encore l’arrivée de sa banque 100 % mobile. La néobanque ne déboulera sur nos marchés bancaires qu’à compter d’avril 2017. Deux mois supplémentaires à attendre pour enfin découvrir l’offre d’Orange. Ces deux mois sont justifiés par la volonté de pouvoir proposer d’entrée de jeu une gamme complète de services bancaires sans qu’il puisse y avoir le moindre accroc. Les jours qui restent avant l’ouverture officielle servent donc à tester et tester encore toutes les applications donnant accès à toute la gamme de produits.

Un service parfait dès l’ouverture.

Parce qu’Orange Bank ne veut surtout pas se planter à l’ouverture. Rappelons-nous que la future néobanque a annoncé vouloir révolutionner l’offre bancaire. Le moindre couac à l’ouverture serait donc fortement relayé et moqué, et aurait un impact très négatif sur l’image du nouvel établissement. Ensuite, Orange Bank déclare attendre 100 000 clients dès les premieres semaines d’ouverture. Et soyons certains que le business modèle a déjà intégré ces chiffres. Une erreur, et le business plan est à revoir. De surcroît, les régulations et réglementations du marché bancaire sont complexes et prennent du temps.

Vous l’avez compris, pour Orange, tout doit être nickel avant de procéder à l’ouverture. Mais pas d’inquiétudes particulières. En effet, Orange Bank a débauché André Coisne de son poste actuel. Vous ne le connaissez pas ? Alors voici une brève présentation de ses faits d’armes dans le secteur bancaire. C’est lui qui a lancé ING Direct dès le début des années 2000. Le livret d’épargne à taux boosté a permis à la banque orange (ironie, quand tu nous tiens…) de dépasser très vite le million de clients et de conforter sa place parmi les banques en ligne les plus intéressantes. Autre point important, André Coisne est actuellement le dirigeant de BforBank, la banque en ligne du Crédit Agricole. Mais avec ses 140 000 clients seulement et des perspectives d’avenir limitées, du fait de tensions et de craintes de trop grande concurrence interne (comprenez que BforBank ne doit venir marcher sur les plates bandes de la banque verte), BforBank stagne et Orange Bank offre un challenge bien plus intéressant. Notamment en poursuivant un objectif de 2 millions de clients dans les 10 ans à venir.

Spécialiste de la communication, des réseaux et de la téléphonie, associée à un grand nom de l’assurance, expert de la gestion de patrimoine, et pilotée par un fin connaisseur du monde des banques en ligne, Orange Bank semble donc prendre un bon départ. On verra ce qu’il en est en avril prochain.

La rumeur Free, et la tentation SFR.

On le sait, et Orange Bank apporte une nouvelle preuve, le secteur bancaire subit une grosse mutation. Les banques en ligne vont prendre de plus en plus de place dans la gestion de nos comptes bancaires. Les modèles se succèdent pour s’adapter à un monde toujours plus friand de technologie et, surtout, de rapidité. Les conseillers en agence physique n’ont plus aucun pouvoir, et les principales décisions concernant sa gestion quotidienne et ses placements peuvent être prises sans l’intervention de quiconque. De fait, le modèle d’autonomie et de responsabilisation développé par les banques en ligne et désormais les néobanques ne peut que se développer, surtout auprès d’une clientèle jeune et particulièrement nomade.

Il serait donc étonnant que les autres opérateurs téléphoniques laissent Orange s’échapper tout seul et prendre le marché sans réagir. Il y a quelques mois, une rumeur faisait état de l’intention de Free de se lancer également dans la course. Cette rumeur était basée sur le fait que le nom de domaine FreeBank était bien la propriété de l’opérateur français. Mais voilà, à trop s’enflammer, on oublie de consulter ses sources. Dans les faits, Free possède bien le nom de domaine en question, mais l’a acheté dès l’an 2000, avec une multitude d’autres noms de domaine. Il s’agit plus d’une position défensive. Si Free a acquis ce nom (et les autres), c’est bien pour interdire à quelqu’un d’autre de s’en servir… De plus, en novembre dernier, Maxime Lombardini, le directeur général du groupe Free, a bien précisé que l’idée n’était même pas dans les tuyaux : « Nous avons déjà bien assez à faire ailleurs. »

Mais un autre opérateur, propriété de l’homme d’affaire franco-israélien Patrick Drahi, serait sur les rangs. SFR a déposé le nom de SFR Bank et de SFR Banque à l’INPI. Et cela ne date que du 19 octobre 2016, et concerne bien les services bancaires et les services bancaires en ligne. Pour l’instant, SFR ne réagit pas aux demandes de confirmation de son intérêt pour le business bancaire. Signe supplémentaire que l’idée est bien là. Au final, dans un futur pas si lointain, on peut penser que les opérateurs de téléphonie et autres fournisseurs d’accès à l’internet seront les futurs maîtres du monde financier. Au revoir nos banques traditionnelles, et bonjour au nouveau monde bancaire. Les néobanques et les banques en ligne d’un côté, et les banques sociales de l’autre (NEF, Crédit Coopératif…).

Payer grâce à son numéro de téléphone !

Si vous considérez le titre de cet article comme totalement futuriste, voire un tantinet délirant, attendez-vous à être surpris. Car le remplacement de l’IBAN par le numéro de telephone mobile arrivera en Europe dès la fin de cette année. Vous avez bien lu, le service doit être utilisable par tous les particuliers dès janvier 2018. D’ici un an, donc, nous pourrons virer de l’argent de compte bancaire à compte bancaire sans notre fameux RIB…

Explications.

Vous pouvez vous frotter les yeux. Ce n’est pas une blague. La très sérieuse BCE (Banque Centrale Européenne) a émis ce qui est plus qu’un souhait ce vendredi 6 janvier 2017. Et c’est Yves Mersch, membre éminent du directoire de la BCE qui l’a annoncé en ces termes : « Aligné sur le calendrier de la mise en place du schéma de paiement instantané, l’Eurosystème [la BCE et les banques centrales nationales, ndlr] attend le lancement d’un service standardisé qui permette le paiement de personne à personne en utilisant le numéro de telephone mobile du bénéficiaire comme équivalent de l’Iban [International Bank Account Number, NDLR]. Ce service devra être lancé d’ici à la fin de 2017 et ne devra pas être cantonné aux Iban nationaux. »

En clair, cela signifie que votre simple numéro de telephone, rattaché à votre compte bancaire, vous permettra d’effectuer des virements bancaires instantanés. Aujourd’hui, le protocole SEPA met un à deux jours ouvrés pour transférer les fonds demandés. Ce système pourra permettre la transmission immédiate. Ceci aura au moins un avantage. Les particuliers recevront immédiatement l’argent qui leur est versé. Les établissements financiers ne pourront donc plus jouer avec les sommes retenues le temps des transferts. Enfin, le but recherché dans ces transmissions est surtout d’alléger de fait les besoins de garanties de ces mêmes établissements financiers. Elles seront donc encore plus libres que maintenant.

Progrès technique grâce au telephone …

Si d’aucuns voient cette nouvelle fonctionnalité d’un très bon œil, du fait de l’accélération des transferts monétaires, d’autres craignent réellement la mise en place du système, et pour d’autres raisons.

D’abord, il faudra créer une sorte d’annuaire géant Européen, dans lequel chaque numéro de telephone sera forcément rattaché à un compte bancaire. Il est évident que le fichage de la population n’en sera que plus facilité. Et quid des protections face aux piratages éventuels ? Comment échapper aux contrôles multiples, provenant aussi bien de son état que d’un état voisin, de sa banque, et de toutes les institutions qui auront accès à cette base de données ? Je sais, certains diront que si l’on n’a rien à cacher… Eternel débat. Mais sans doute ces gens confondent-ils toujours l’intimité avec l’honnêteté.

Autre point de discorde, la mise en place de ce système, paneuropéen et instantané, implique de fait la disparition (ou du moins la raréfaction dans un premier temps) de l’argent liquide. Le thème de la dématérialisation de l’argent va donc revenir en force. N’oublions pas que la Suède expérimente depuis plusieurs années la vie sans argent liquide. Si la chose peut encore une fois paraître plus pratique et plus facile, elle est en réalité bien plus dangereuse. Car vous n’aurez plus le contrôle de votre ragent. En cas de blocage de votre compte, pour X raisons, que ce passera-t-il ? En cas de crise bancaire, comment récupérerez-vous votre argent si le liquide a disparu ?

Au final, si la BCE semble se précipiter à vouloir installer le processus en Europe, c’est parce que le système équivalent Américain va déferler très bientôt en Europe. De façon à conserver une souveraineté monétaire face à un Dollar croulant sous le poids de la dette Américaine, il est donc important, voire primordial, de mettre en place un système concurrent qui garantisse encore pour quelques temps la valeur de notre monnaie partagée. Mais il y a fort à parier que d’ici à quelques décennies, les monnaies nationales disparaissent toutes pour donner naissance à une seule monnaie unique et virtuelle pour toute la planète. Les fameux films de SF dans lesquels tout le monde paye en Crédits ne sont finalement pas si éloignés de nos horizons économiques.

… Ou nouveau recul des libertés individuelles ?

Autre motif de craintes pour certains si un tel processus voit le jour et connaît le succès, la disparition à moyen terme des banques telles que nous les connaissons. Les établissements financiers seront fusionnés avec les opérateurs de téléphonie, qui seront, à n’en pas douter, les futures multinationales dominantes de ce monde. Puisque tout transfert passera par leurs réseaux, et puisqu’ils en seront les maîtres absolus, le pouvoir final leur reviendra donc. Mais ne vous inquiétez pas sur ce point, le processus est déjà en route. D’ailleurs, nous attendons toujours l’ouverture officielle d’Orange Banque, qui a déjà annoncé vouloir révolutionner la banque en ligne. Cette dernière devait ouvrir lors du quatrième trimestre 2016. Il est désormais fort probable qu’Orange attende le lancement de la nouvelle plateforme Européenne pour à son tout lancer son premier service du genre.

Enfin, dernier motif de craintes et pas des moindres, le puçage. En effet, si toute notre vie est déjà plus ou moins présente dans nos smartphones (photos, messages, numéros, textes, échanges, et quelques services bancaires comme Paypal ou N26…), la liaison directe de celui-ci avec notre compte bancaire en fera un outil encore plus convoité. Ainsi, et plutôt que de sévir face aux hackers et autres voleurs de rue de tous poils, les instances nous encourageront (elles le font déjà via les implants party) à nous pucer. Et oui ! Un numéro de téléphone est une puce. Dès lors, vous pouvez imaginer vous implanter la puce sous la peau. Pour vous voler, il faudra vous mutiler. Ce qui est plus compliqué que de vous piquer votre sac à mains ou de vous faire les poches.

En résumé, si je ne nie pas les aspects pratiques de la mise en place d’un tel procédé consistant à accélérer les transferts d’argents entre particuliers via un simple numéro de telephone mobile, j’entends également celles et ceux qui se posent des questions quant à l’utilité réelle de vouloir aller toujours plus vite, quitte à prendre et à faire prendre des risques à toute une population dans le simple but de prendre ou de conserver un pouvoir de plus en plus techno-fascisant. Car plus le numérique avance, et plus les libertés individuelles reculent. Plus les bases de données sont remplies, et plus l’intimité de chaque être humain se vide sur la place publique…

A vous de voir…

L’assurance-vie court vers son décès.

Après le passage de la loi Sapin II, est-il encore intéressant de souscrire des assurances-vie ? En effet, un amendement précis de cette nouvelle loi de finance confère un pouvoir plus grand au HCSF (Haut Conseil de Stabilité Financière), et lui donne toute latitude pour contrôler les flux liés aux contrats d’assurances-vie. En résumé, deux faits importants sont à craindre pour les épargnants, baisse des rendements et blocage de l’épargne. Retour en détails sur cette affaire, ou quand l’austérité profite toujours aux mêmes.

Perte de rendements et blocage des retraits, le nouveau visage de l’assurance-vie.

Revenons donc plus en détail sur le pourquoi de cette nouvelle loi. Depuis de nombreuses années, l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) et la banque de France n’ont eu de cesse de demander aux acteurs financiers de baisser leurs rendements sur les assurances-vie. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’à l’heure de rembourser les épargnants, les caisses seront désespérément vides.

Dans les faits, les fonds investis par les épargnants sont réinvestis dans leur grande majorité par les compagnies dans les bons du trésor. Le problème, c’est que les bons du trésor, jusque là réputés sûrs et sans risques ne rapportent plus rien. Ils sont à leur plus bas historique, descendant même en négatif pour certains d’entre eux. Les compagnies d’assurance réalisent donc des marges négatives sur ces produits. Toutefois, elles poursuivent leur acquisition de nouveaux clients en continuant de proposer des rendements élevés en comptant sur leurs réserves de plus-values réalisées des années précédentes. Et en espérant une hausse nouvelle des rendements des bons du trésor. Sauf que pour cela, il faudrait que les taux directeurs remontent. Ce qui ne semble pas la solution envisagée par la BCE.

Une hausse des taux entrainerait une grave inflation que la plupart des ménages ne pourraient supporter. Alors qu’un maintient des taux très bas, voire négatifs, interdirait toute promesse de croissance. Bref, la finance mondiale est dans une impasse, et, en France, le gouvernement a choisi l’assurance-vie comme otage, afin d’anticiper la prochaine crise. Au final, ce n’est ni plus ni moins qu’un bail-in, c’est-à-dire la possibilité pour un établissement financier de recouvrir ses pertes en se servant de l’épargne de ses clients. Rappelons au passage que cette possibilité légale résulte d’un accord Européen de juin 2015.

Protéger les banques et les assurances malgré leurs propres erreurs.

Mais revenons à nos épargnants. En France, l’assurance-vie représente 1 milliards 500 millions d’Euro. 1 500 000 000 €. Ecrit comme ça, c’est sans doute plus parlant. Et cette somme est répartie sur 15 millions de contrats. En cas de crise ou même de rush, si tous les épargnants réclament leur du, ce à quoi ils ont tout à fait le droit, le fait que les bons du trésor adossés aux assurances-vie soient à leur plus bas historique peut faire encourir une perte de 1 000 milliards d’Euros cumulés aux établissements financiers. Inutile alors de vous faire un dessin sur la suite des événements. La crise des subprimes, à côté, c’était de la rigolade. Le risque systémique est donc bien réellement engagé.

De fait, le gouvernement a pris acte de la chose, et, puisque les établissements financiers ne veulent pas entendre raison en baissant leurs rendements, de façon à abaisser le niveau de risque, Michel Sapin et son équipe ont donc délivré plus de pourvoir au HCSF pour que ce dernier impose de nouvelles règles aux dits établissements financiers, banques et assurances.

Mais comme d’habitude, ce sont encore les épargnants qui vont trinquer. Et plutôt deux fois qu’une. Dans un premier temps, ce sont les rendements qui vont fortement baisser. Et le HCSF s’en félicite d’avance. Mais dans la pratique, le fait est que les épargnants risquent de ne plus toucher grand-chose. En effet, entre les frais divers et variés auxquels les assureurs et les banques savent nous soumettre, le rendement faible sera presque intégralement mangé. Seuls certains établissements, comme les banques en ligne pourront encore se prévaloir d’offrir à leurs clients une véritable marge sur leurs contrats, certes faible, mais existante toutefois. Et ceci pour une seule raison. Ils ne ponctionnent pas de frais sur leurs contrats d’assurances-vie.

Punir les épargnants pour les erreurs commises par leurs assureurs.

Mais une autre conséquence pointe à l’horizon, le HCSF pourra décider de bloquer les retraits et les rachats de contrat d’assurances-vie s’il estime que les variations sur le marché obligataire sont trop importantes. Certes, ce refus de rendre leur argent aux épargnants sera limité à deux fois 3 mois éventuellement renouvelable. Le but de la manœuvre étant d’éviter la panique bancaire. Mais dans les faits, ce sont encore les établissements financiers qui sont protégés et les épargnants qui se font spolier leurs économies… Pour sauver l’Economie…

On aurait apprécié qu’un gouvernement de gauche dont l’ennemi désigné était la finance (du moins dans le fameux discours du Bourget) qu’il punisse avant tout les responsables de cette faute professionnelle lourde, engageant des conséquences graves sur l’économie mondiale. Car les fabricants de ces produits devenus toxiques ne pouvaient pas ne pas être au courant de ce qu’ils faisaient. Mais non. Au contraire, ces derniers pourront toujours continuer d’inventer de nouveaux procédés pour s’enrichir d’argent totalement virtuel au détriment des épargnants perdant leurs économies réelles. Le néo-libéralisme a encore gagné, avec les compliments des marchés financiers et l’approbation complète du gouvernement Français. Pour faire court, une fois encore, nos représentants ont acté la célèbre maxime capitaliste : privatiser les gains, et mutualiser les pertes.

Pour éviter le krach obligataire, il faudrait sans doute maintenir les taux très bas pendant vingt ans, histoire de purger tous les contrats d’assurances-vie en cours. Mais si les taux restent au plus bas historique durant vingt ans, ne comptez pas sur la croissance pour faire bouillir la marmite. Autrement dit, pour votre épargne, ça sent le Sapin…

Le boom des banques éthiques

Dans un monde économique de plus en plus violent, un monde dans lequel les établissements financiers semblent tout diriger, comment faire encore confiance à sa banque ? Et comment, surtout, être sûr d’avoir opté pour un comportement éthique ? Les banques dites éthiques fleurissent. Elles sont de plus en plus visibles. De la Nef au Crédit Coopératif, en passant par Morning, la start-up Toulousaine, sur quels principes reposent les fonctionnements de ces banques éthiques ?

Comment distinguer une banque coopérative ?

N’oublions pas que 3 des plus grandes banque banques françaises sont des banques dites coopératives. Pour autant, elles ont quand même plongé tête baissée dans la finance spéculative et les logiques de rendements capitalistes. Le Crédit Agricole, les Crédits Mutuels et la Caisse d’épargne appartiennent d’ailleurs toutes au club fermé des institutions dites « too big to fail », trop grosse pour chuter. Ces banques au statut coopératif ont troqué leur vocation coopératrice pour toujours plus d’actifs, de pouvoir et de spéculation. Difficile alors de faire la part des choses entre une banque au statut coopératif et une banque réellement coopérative.

Les professionnels du marketing nous feraient passer des vessies pour des lanternes. Et, à l’occasion, le Crédit Agricole pour une banque coopérative éthique respectant ses sociétaires… Mais c’est peut-être vrai dans certaines agences après tout. Dans les faits, la réflexion autour du pouvoir bancaire et de la relation banque/client s’est réellement faite après la « crise » de 2008. Partout en Europe, des gens se sont posé les questions de l’utilité de la banque et du pouvoir réel des sociétaires sur leur banque de dépôt.

C’est ainsi qu’en Belgique, NewB a vu le jour. De même que Ebanka en Croatie en 2014. Le but ? C’est Magdalena Jelić, porte-parole de Ebanka, qui nous le livre le plus simplement du monde : « Créer une banque qui soit entre les mains des Croates et renforcer l’inclusion de la population dans la gouvernance bancaire. » C’est exactement cela, renforcer l’inclusion de la population dans la gouvernance bancaire. En somme, reprendre le principe de la coopération, sans le dévoyer cette fois. Car ces fonctionnements qui ne dévient pas de cet objectif principal ne sont pas nouveaux. En Allemagne, la banque coopérative écolo GLS existe depuis les années 1970. Elle est forte de plus de 200 000 clients et a attribué plus de 600 Millions d’Euros à des projets d’énergie renouvelable par exemple.

Et en France ?

En France, le Crédit Coopératif et la Nef Banque sont connues sur ce marché. Le Crédit Coopératif compte plus de 320 000 clients et distribue toujours des produits d’épargne éthique. Le compte Agir, développé par le Crédit Coopératif est extrêmement intéressant. Le principe d’une banque comme celle-là est qu’elle est financée par les dépôts de ses clients. Les prêts sont donc accordés  par des clients déposant à des clients en demande. Ce qui permet de développer et de soutenir une économie réelle, de proximité, sans spéculation sur les marchés.

Plus récente, la Nef Banque avance. Au départ, il ne s’agissait que d’une coopérative financière. Mais depuis avril 2015, elle est autorisée à ouvrir des livrets d’épargne et des comptes courants à destination des professionnels. Et dans le courant de l’année 2018, elle pourra enfin ouvrir des comptes courants pour les particuliers. Attention au rush à l’ouverture.

Mais ce qui différencie vraiment ces banques là (Crédit Coopératif et Nef Banque), c’est avant tout la destination des fonds. Car après tout, comme nous l’avons exprimé plus haut, la BPCE, le Crédit Agricole et le Crédit Mutuel sont également des banques dites coopératives. Elles sont donc régies selon le principe un sociétaire = une voix. Le statut coopératif ne suffit donc pas pour se présenter comme une banque éthique. C’est la philosophie qu’il y a derrière qui compte. Est-ce que le but est l’enrichissement individuel ou le partage des ressources ? Dans les faits, les banques éthiques soutiennent des projets éthiques, et se donnent une mission ; celle d’être utile à l’économie réelle, à l’environnement, à la société dans laquelle elles évoluent, à la solidarité entre les personnes, à la transparence totale sur leur mode de gestion, leur gouvernance et leur prise de décision. Et c’est ça qui fait la différence.

Une autre façon de penser l’argent.

La Nef (Nouvelle économie fraternelle) et le Crédit Coopératif financent donc des projets durables, culturels, sociaux, solidaires et/ou environnementaux. Le but est le même que celui d’Ebanka en Croatie : favoriser l’implication des citoyens dans la gestion de la manne commune. Placer l’humain au cœur de l’économie et non pas en périphérie. De surcroît, les projets financés le sont sans aucun recours aux marchés. Ces établissements n’empruntent pas pour redistribuer. Elles sont entièrement capitalisées par leurs sociétaires clients.

Par exemple, et contrairement à nos trois chères banque citées plus haut, la Nef et le Crédit Coopératif seront incapables de financer de l’extraction d’énergie fossile ou des armes nucléaires. Au contraire même, en 2014, la Nef a financé des projets en agriculture biologique et biodynamique à hauteur de 1,6 Millions d’Euros. Sur plus de 21 Millions d’Euros de crédit accordés en 2014, plus des deux tiers ont été consacrés à l’écologie. Et la nouveauté, c’est que la Nef rend tous ses prêts publics. Il est donc possible à tout un chacun de connaître les montants et les destinations des fonds débloqués. Crèches, écoles Montessori, brasserie biologiques, librairies indépendantes… Vous pouvez tout consulter.

Mais ces banques vont encore plus loin. En associant la gestion des comptes courant et des placements à l’économie sociale et solidaire. Tout ou partie de vos intérêts de placement peuvent donc être versés au compte d’une association que vous aurez choisie dans la liste de celles soutenues par ces établissements. Et il s’agira toujours d’une association environnementale, solidaire ou sociale. Mieux, le Crédit Coopératif a adapté la fameuse taxe Tobin à sa gestion, en soumettant à ses clients la possibilité de reverser 0,01 % des montants sur les opérations de change à des acteurs de l’économie durable, sociale et solidaire, en France comme à l’étranger. Une véritable innovation bancaire !

Un contact au plus près du terrain.

Autre idée novatrice, les banquiers itinérants. La Nef détache depuis plusieurs années 6 banquiers itinérants sur le territoire français. Leur mission, développer les réseaux, animer des débats autour des financements, prendre contact avec les sociétaires, les engager dans la gestion de leur argent et de leur banque. Malheureusement, le fonctionnement bancaire actuel nous incite à la passivité. Le système d’assistanat développé par les banques elles-mêmes n’est pas étranger à cela. Ne vous occupez de rien, on gère… Et on fait ce qu’on veut. C’est un peu le modus operandi de nos établissements bancaires les plus connus. Là, le chemin est différent, la réflexion aussi.

Et ce n’est pas un hasard si l’on retrouve aujourd’hui plus de 30 associations de sociétaires de la Nef qui œuvrent bénévolement sur le terrain. Leur mission est de soutenir et d’aider les porteurs de projets, d’aller à leur rencontre, et d’informer tout le monde sur les prochaines assemblées et les prochaines directives qui doivent être prises par l’établissement. Ainsi, grâce à cette transparence sur le terrain comme dans les bureaux, le processus démocratique s’en trouve renforcé.

Le hic de l’adossement à la BPCE.

En 2002, le Crédit Coopératif, après de nombreux débats, parfois houleux, a pris la décision de s’adosser au groupe BPCE. Le but de cet adossement est de permettre à la banque éthique de pouvoir se refinancer au même taux que le groupe mentionné, et ainsi de faciliter le refinancement de la banque et de réaliser quelques économies non négligeables. Cet adossement concerne également la Nef, puisqu’elle est devenue partenaire du Crédit Coopératif. Bien que ce soit le Crédit Coopératif qui détienne 1% du capital de la BPCE et non la BPCE qui est propriétaire du Crédit Coopératif, cet adossement peut semer le doute dans l’esprit des citoyens cherchant l’alternative.

Et on le comprend. Natixis, filiale du groupe BPCE, était impliqué en première ligne lors de la crise des subprimes. Pire encore, le groupe a financé pour plus de 11 milliards d’Euros en énergies fossiles entre 2009 et 2014. Difficile de voir son nom adossé a des actions qui n’auraient leur place au Crédit Coopératif. En ce qui concerne la Nef, elle n’attend plus que de devenir une banque de plein droit (ce qui ne saurait tarder). De fait, le partenariat avec le Crédit Coopératif deviendra caduc et la Nef retrouvera son indépendance totale.

Pourquoi y a-t-il très peu de banques éthiques et/ou alternatives ?

Tout simplement du fait des réglementations, Françaises comme Européennes. Les lois favorisent la concentration et les grosses machines de guerre. Les 5 plus grosses banques françaises possèdent 85 % du marché national. Que faire contre la BNP Paribas, la Société Générale et les trois fausses mutualistes nommées plus haut ? Imad Thabet, responsable de la vie coopérative au Crédit coopératif nous explique : « Nous faisons, comme toutes les banques, des prêts à long terme mais des dépôts à court terme. Nous avons eu besoin de nous refinancer. Or, le coût de ce refinancement dépend de la taille de la banque. Le Crédit coopératif s’est alors retrouvé avec un coût de refinancement plus élevé que le taux de crédit accordé à ses clients. » On comprend alors mieux l’adossement au groupe BPCE, qui a permis au Crédit Coopératif de se refinancer à moindre frais, bénéficiant de l’aura de la BPCE sur les marchés.

L’autre difficulté vient des réglementations internationales. Les parts des sociétaires ne sont pas reconnues comme étant des fonds propres, du capital, bien qu’elles soient bien plus stables que de l’actionnariat. Ces réglementations ne sont donc pas favorables à l’émergence de banques alternatives. Pourtant, en France, une start-up Toulousaine se débat pour faire avancer ses idées ; Morning (auparavant nommée Payname), essaie de développer le concept de banque éthique et alternative, travaillant également dans l’économie solidaire et sociale, et en se posant comme une néobanque, la nouvelle génération des banques en ligne.

Et puis, d’autres modèles, d’autres banques éthiques existent en Europe, comme le système Scandinave Jak. Les idées sont là. Il suffit juste que la graine pousse un peu plus, afin de faire que cette belle plante devienne plus visible. Plus les sociétaires seront nombreux, plus les débats seront constructifs et créatifs, et plus les projets solidaires, sociaux, environnementaux, écologiques, durables trouveront des financements éthiques. C’est à nous de prendre notre argent en main et de nous impliquer dans sa gestion au quotidien…